Pourquoi l’Or Fairmined peine encore à changer d’échelle

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[En récap] : Fairmined vise à garantir un Or plus éthique, mieux tracé et assorti d’une prime aux communautés minières. Mais le label reste marginal : sa traçabilité physique impose de séparer l’Or certifié à chaque étape, générant des surcoûts importants, tandis que l’Or « recyclé » offre aux marques un récit RSE plus simple, bien qu’il ne règle pas la question des conditions d’extraction. Pour changer d’échelle, Fairmined mise désormais sur les crédits, qui permettent de soutenir une quantité équivalente d’Or certifié sans imposer une traçabilité complète jusqu’au bijou final.

Créé en 2014 par l’Alliance for Responsible Mining (ARM), Fairmined promet un Or plus éthique, responsable et mieux tracé. La certification garantit une prime aux communautés minières et repose sur un cahier des charges exigeant, dans un secteur marqué par de lourds impacts écologiques et humains. Pourtant, le label reste très marginal et se heurte à une industrie peu disposée à changer. L’Or « recyclé », largement utilisé par les maisons, offre aux marques un récit plus simple, bien que contesté. Pour dépasser ces blocages, l’ARM explore notamment une nouvelle piste.

Fairmined ramène le bijou à son origine : la mine, les conditions d’extraction et les communautés qui vivent autour. « Ce label est la preuve que l’on peut extraire de l’Or de manière responsable », résume Patrick Schein, président du conseil d’administration de l’Alliance for Responsible Mining.

« Sans davantage d’acteurs, Fairmined restera marginal. Il suffirait pourtant que quelques grandes maisons s’engagent pour changer d’échelle… », Dorothée Contour, cofondatrice de JEM

Mais après plus d’une décennie d’existence, la certification n’a pas encore connu de bascule. La production mondiale d’Or s’établit à 3 672 tonnes en 2025 [1], et Fairmined ne représente encore que quelques tonnes. Le modèle reste principalement porté par des marques indépendantes très engagées, sans encore convaincre des grands noms du secteur. « Sans davantage d’acteurs, Fairmined restera marginal. Il suffirait pourtant que quelques grandes maisons s’engagent pour changer d’échelle… », analyse Dorothée Contour, cofondatrice de JEM, maison de joaillerie née autour de l’Or Fairmined.

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© JEM

Pourquoi la traçabilité est-elle autant une force qu’un frein ?

Le premier obstacle de cette montée en puissance se joue dans les ateliers. Le label repose historiquement sur une traçabilité physique : l’Or extrait d’une mine certifiée doit rester séparé de l’Or « conventionnel » jusqu’au bijou final. Or, la joaillerie fonctionne selon une logique inverse fondée sur la mutualisation des flux : les métaux sont fondus, regroupés, les chutes réaffinées puis réinjectées.

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«La traçabilité et la séparation des flux peuvent représenter 20 à 30 % de surcoût», – Hélène Grassin, fondatrice de Paulette à Bicyclette

Cette organisation rend le modèle difficile à déployer. « Dans la fabrication traditionnelle, les ateliers fondent en continu pour plusieurs marques à la fois, explique Dorothée Contour. Avec Fairmined, il faut au contraire des lignes dédiées, avec des fontes spécifiques et des partenaires capables de garantir l’origine du métal à chaque étape. » Pour les marques qui produisent en très petites séries, comme Mona Margaux, cette contrainte pèse directement sur le choix des partenaires. « Pour plus de simplicité, j’ai choisi de travailler avec un fondeur exclusivement dédié au Fairmined », résume Agathe Fleurant, sa fondatrice.

C’est dans cette séparation des flux que le coût réel se fait sentir. « La prime Fairmined, versée aux communautés minières, est de 4 dollars par gramme d’or, mais la traçabilité et la séparation des flux peuvent représenter 20 à 30 % de surcoût », précise Hélène Grassin, fondatrice de Paulette à Bicyclette. Un écart d’autant plus difficile à absorber pour les petits et moyens acteurs que le prix moyen annuel de l’Or a bondi de 44 % en 2025 (1).

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© Paulette à Bicyclette

Pourquoi l’Or recyclé fait-il concurrence à l’Or Fairmined ?

«L’Or n’est pas un déchet, il ne perd pas en valeur par son usage. On ne peut pas parler de ‘recyclage’», – Patrick Schein, président du conseil d’administration de l’ARM

L’autre frein tient au succès d’un mot : « recyclé ». Dans la joaillerie, il désigne un Or issu d’anciens bijoux, de lingots, de chutes de fabrication…, puis retraité ou réaffiné : le métal est refondu, purifié, parfois séparé de ses alliages, avant d’être réintroduit dans la chaîne de fabrication. Pour le consommateur, il évoque circularité et réduction du gaspillage ; pour les marques, il offre un récit clair, compatible avec les stratégies RSE. Mais pour les défenseurs de Fairmined, cette promesse occulte l’essentiel : les conditions d’extraction du métal.

« L’Or n’est pas un déchet, il ne perd pas en valeur par son usage. Donc par définition, on ne peut pas parler de ‘recyclage’ », pointe tout d’abord Patrick Schein. Le président de l’ARM ne remet pas en cause la réutilisation d’un Or déjà disponible, mais conteste l’idée selon laquelle l’Or « recyclé » suffirait, à lui seul, à répondre aux impacts sociaux et environnementaux de la filière. « En outre, cet Or dit ‘recyclé’ peut avoir été refondu une seule fois, parfois peu après son extraction, sans rien dire de ses conditions d’origine », poursuit-il. À noter également que les opérations de retraitement ne sont pas neutres : refonte, affinage ou séparation des alliages nécessitent de l’énergie et des procédés industriels pouvant générer émissions et pollutions chimiques.

« L’Or recyclé a permis aux marques de se positionner comme responsables sans traiter la question de la mine », dénonce Dorothée Contour. Un levier d’autant plus puissant qu’il structure largement leur communication. « Aujourd’hui, la joaillerie française est quasiment entièrement Responsible Jewellery Council (RJC), basée sur cet Or », résume Patrick Schein.

Or, le recyclage est loin d’avoir remplacé l’extraction : la production minière d’Or a augmenté d’environ 55 % entre 1995 et 2018. Avec l’envolée des cours, le métal attire aussi davantage les circuits illégaux, où l’orpaillage peut rimer avec travail sans protection, mercure, accidents mortels, pressions sur les populations locales et pollution des sols ou des cours d’eau. Face à cela, Fairmined défend non pas une sortie de la mine, mais un meilleur encadrement de ses pratiques.

Quelle solution pour monter en puissance ?

Jusqu’ici, Fairmined reposait sur un Or séparé physiquement de l’Or conventionnel à chaque étape. Pour alléger cette contrainte, le standard développe aujourd’hui des crédits. Le principe : une marque peut utiliser son propre or, souvent « recyclé », tout en finançant une quantité équivalente d’Or produite par une mine certifiée. Un crédit Fairmined correspond à un gramme d’Or certifié : il coûte 4,70 dollars, dont 4 dollars reviennent à la mine sous forme de prime. « L’objectif est de maintenir l’impact positif pour les communautés minières, sans imposer à chaque gramme une traçabilité physique complète, encore trop coûteuse », explique Patrick Schein, qui compare ce fonctionnement à celui de l’électricité verte.

«Le crédit Fairmined est moins puriste, mais peut être beaucoup plus efficace pour transformer la filière», – Dorothée Contour, cofondatrice de JEM

Chez Paulette à Bicyclette, ce basculement a demandé un vrai arbitrage. Très attachée à la traçabilité physique, la marque a finalement accepté l’idée qu’un modèle moins lourd à produire pouvait aussi permettre de soutenir des mines. « Nous avons dû renoncer à une forme de vision idéale du 100 % tracé », explique Hélène Grassin. La marque propose désormais deux options : un Or entièrement Fairmined ou un Or associé à un crédit Fairmined. « C’est moins puriste, admet Dorothée Contour. Mais cela peut être beaucoup plus efficace pour transformer la filière. »

(1)  Selon le World Gold Council.

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