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[PORTRAIT CEO] : Valentin Porcher et la croissance organique chez Olow

[En récap]  : Lancée en 2006, la marque Olow a porté des engagements visionnaires : coton certifié, production au Portugal dans des usines familiales… Après de très lents débuts, Olow est aujourd’hui distribuée dans des centaines de points de vente et compte une équipe de quatorze personnes. Son co-fondateur insiste sur l’importance de la liberté artistique et financière, qui protège l’entreprise en temps de crise économique.

[PORTRAIT] Il est rare de croiser une marque qui ne priorise pas le profit. Qui veut rémunérer une petite équipe, collaborer avec des créatif·ves et produire en Europe… le tout en restant totalement indépendante. Pari impossible en 2026 ? C’est pourtant comment fonctionne Olow qui fête ses vingt ans cette année. Leurs pièces signées par des artistes et produites en matières certifiées entre le Portugal et la France ne cessent de rencontrer le succès : la marque n’a connu que la croissance, progressive, année après année. Rencontre avec son cofondateur Valentin Porcher, incarnation de l’adage “chi va piano va sano”.*

Vous avez cofondé Olow il y a 20 ans. Combien de temps avez-vous pris pour arriver à un équilibre qui vous convient ?

On a monté la marque en 2006 et on a touché les premiers salaires en 2012. Et ils s’élevaient à cinq-cent euros, c’était en complément du RSA ! On aurait pu toucher de l’argent avant, mais on voulait constituer une trésorerie. En sachant que le capital de départ était de quatre-mille euros et l’est encore. Au fil du temps, nous avons grossi l’équipe et les salaires, notre première embauche en CDI était en 2014. En comptant les salarié·es, les freelance et les alternant·es, nous sommes quatorze aujourd’hui.

Certaines grandes étapes ont amené du changement : en 2010, nous avons décroché une grosse agence commerciale en France. Cela nous a permis d’être diffusés dans des magasins comme Citadium, nous avons fait une grosse tournée la même année et avons décroché une diffusion dans trente magasins. En 2016, nous avons monté une boutique à Paris puis une autre en 2018. Et ça fait trois ans que nous avons une boutique à Nantes. Nous travaillons avec deux-cent cinquante points multimarques dans le monde (en Espagne, Allemagne, Italie et plus récemment en Asie ou aux Etat-Unis). L’international constitue la majorité de notre chiffre d’affaires. Nous fonctionnons beaucoup à l’ancienne avec le réseau wholesale.

Avez-vous été impactés par les différentes crises qui ont frappé l’économie mondiale et l’industrie textile depuis votre création ?

Non ! Car nous sommes une petite structure avec des frais de fonctionnement faibles. On a relativement peu de risques, un réseau de revendeurs très nombreux, les boutiques Olow nous servent aussi de bureaux et de studio de création… Même pendant le COVID, les revendeurs ont continué à nous payer et notre e-shop a explosé. On a fait une super année 2025, et depuis que la marque a été créée nous n’avons jamais connu une année inférieure à la précédente. Sans pour autant chercher une croissance spécifique.

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© Olow

Olow porte des engagements (production européenne, matières certifiées et naturelles…) depuis ses débuts. Comment ont-ils influencé le développement de la marque ?

C’est l’une des raisons pour lesquelles les magasins ont acheté et continuent d’acheter la marque. On a commencé le coton bio et la fabrication au Portugal en 2008. A l’époque, l’offre éthique était assez faible, ça a été un argument de vente indéniable. Ça continue encore aujourd’hui. On est ancrés dans le local, avec des capsules françaises, des filatures en France… 

Mais le secteur est devenu concurrentiel. Des marques s’y sont engouffrées et communiquent sans que les faits soient là. D’ailleurs, même sur le plan international et médiatique, la question écologique est décrédibilisée. Je pense aussi que l’enjeu du pouvoir d’achat peut faire primer les marges sur le reste, par exemple dans le secteur de vente multimarques. On nous a déjà dit qu’il fallait aller vers la facilité, les prix bas… On n’a pas envie de ça. Nous voulons rester droits dans nos bottes.

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© Olow

Les collaborations avec des artistes sont un autre de vos piliers. Pouvez-vous nous détailler votre processus ?

Depuis quelques années, nous travaillons avec quatre artistes par saison. C’est un chiffre réduit, car nous en avions marre de travailler à distance avec une vingtaine de personnes chaque année. Ça manquait d’échanges humains. Il fallait aussi légèrement homogénéiser nos graphismes pour que la clientèle s’y retrouve mieux.

Il y a un an, nous avons lancé une résidence de quelques jours pour pouvoir échanger sur la genèse de la collection. C’est un gain de temps pour les artistes, nous savons mieux où nous allons et ça permet de rencontrer les gens dans la vie réelle. Nous continuons ce processus, avec une résidence cet hiver et une autre prévue en juin. Les collections Olow fonctionnent par thématique : cet événement permet aux artistes de s’immerger dans le thème et de comprendre comment fonctionne une collaboration avec une marque de vêtements.

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La collaboration Olow x Pithon © Olow

Vous affirmez qu’il est important de rester indépendants. Pourquoi ? 

Car nous nous sommes lancés dans un projet d’entreprenariat créatif en premier pour la liberté. Pour être libres de nos dépenses et de notre temps. J’ai des amis qui ont monté des boîtes avec de gros investisseurs, ça ne s’est pas très bien passé.

Si j’avais un chiffre d’affaires dix fois plus important, ça me rendrait plus heureux ? Non, pas spécialement » – Valentin Porcher, cofondateur d’Olow

Nous sommes dans un modèle où nous prenons des décisions en équipe. Si nous ajoutons des financiers à qui rendre des comptes et des plans de développement, cela va ajouter du stress, impacter nos équipes, nos vies personnelles et donc fragiliser la marque. Car qui dit grossir dit augmenter les dépenses, des frais de gestion énormes, la pression des résultats… Il n’y a aucun intérêt pour nous à ça. Nous voyons un bonheur dans la sobriété.

Et puis, il faut se poser la question : est-ce que si j’avais un chiffre d’affaires dix fois plus important, ça me rendrait plus heureux ? Non, pas spécialement. Ça n’est pas simple de tenir ce discours vingt ans après le lancement : en général, les créateurs de marques issus d’école de commerce veulent revendre. Ça ne tient pas à la passion. Chez Olow, on veut juste continuer une activité où on a envie de se lever le matin. Faire quelque chose qui nous rend heureux reste le plus important.

* “qui va doucement va sainement”

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