[En récap] : Sur l’édition de septembre de Première Vision Paris, plusieurs entreprises s’attaquent à l’impact environnemental de la teinture, étape très consommatrice d’eau, d’énergie et de produits chimiques. Everdye travaille sur une option biosourcée à basse température, Exponent Envirotech sur un procédé sans bain aqueux, Pili Bio sur des pigments issus de la fermentation, Eyand sur des teintures naturelles industrialisées et Natural Cotton Color sur des cotons naturellement colorés. L’enjeu : réduire l’impact de la couleur tout en prouvant que ces solutions peuvent répondre aux volumes, aux coûts et aux exigences qualité.
Derrière la couleur d’un vêtement se cache l’une des étapes les plus polluantes de la chaîne textile : la teinture. Eau, énergie, chimie, rejets… Cette phase industrielle reste, aujourd’hui, le parent pauvre de la transition écologique du secteur. À Première Vision Paris, du 1er au 3 septembre prochains, plusieurs entreprises présentent des solutions pour en réduire l’impact. Pigments biosourcés, teinture à basse température, procédés sans eau… : voici les pistes qui pourraient transformer la couleur de demain.
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Des tons naturels d’un coton écru aux couleurs éclatantes d’un t-shirt, la teinture accompagne toute la production textile moderne. Longtemps artisanale, cette étape s’est industrialisée avec la mode de masse, jusqu’à devenir l’un des maillons les plus lourds de la chaîne.
« Les marques commencent à s’intéresser au sujet, mais on reste loin de l’effort nécessaire » – Romain Liot, cofondateur d’Adore Me
L’industrie de la mode est régulièrement pointée pour son impact sur les eaux usées, or la teinture compte parmi les procédés les plus sensibles parce qu’elle mobilise des bains, des rinçages et des substances chimiques. Le rapport Measuring Fashion de Quantis de 2018 [1] souligne d’ailleurs que ses impacts toxiques restent difficiles à mesurer faute de données, et sont probablement sous-estimés. Sur le climat, cette étape et les finitions apparaissent comme le premier poste d’émissions de gaz à effet de serre, représentant 36 % du total (devant la production des fibres, estimée à 15 %).
« Les marques commencent à s’intéresser au sujet, mais on reste loin de l’effort nécessaire », estime Romain Liot, cofondateur d’Adore Me, marque de lingerie, et auteur de RESET FASHION. Selon lui, les innovations en la matière restent difficiles à valoriser car moins vendables qu’une matière responsable. « Pourtant, c’est souvent dans ces procédés ‘invisibles’ que se joue une partie de la transformation de la filière. »
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Peut-on sortir du bain de teinture ?
« Une teinturerie privée d’eau, c’est une usine à l’arrêt » – Philippe Berlan, président d’Everdye
L’eau est l’un des premiers verrous. Elle sert à transporter les colorants jusqu’à la fibre, puis à évacuer les résidus non fixés lors des rinçages. C’est là que se joue une partie de la pollution des effluents, lorsque les eaux ressortent chargées en colorants, sels, fixateurs. Dans un contexte de sécheresse et de stress hydrique, notamment en Europe, cette dépendance devient aussi une fragilité industrielle, avec des usines parfois obligées de fermer en raison des restrictions imposées.
Une voie consiste à s’en affranchir presque entièrement. Le chinois Exponent Envirotech développe une solution qui ne fait plus circuler les colorants dans l’eau mais dans un liquide non aqueux, conçu pour transporter la couleur jusqu’à la fibre puis être récupéré et réutilisé en boucle. Selon les éléments communiqués par Lenzing, groupe de fibres textiles partenaire, ce solvant serait réutilisable à 99,8 % tandis que le procédé permettrait de réduire l’usage d’eau de 95 %, de supprimer le sel et d’améliorer le taux de fixation.
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Peut-on teindre sans chauffer autant ?
La teinture conventionnelle repose sur des procédés liquides mais aussi chauffés – jusqu’à 130 °C pour certaines fibres comme le polyester. Cette chaleur pèse lourd dans le bilan carbone, en particulier lorsque les usines fonctionnent dans des pays au mix énergétique très dépendant des énergies fossiles. Everdye attaque cette problématique par la chimie. L’entreprise française a mis au point une molécule biosourcée, à base de cellulose, capable de se fixer à température ambiante. Le principe repose sur un effet d’attraction : une molécule chargée positivement vient s’accrocher à une fibre chargée négativement après blanchiment. L’attachement est ensuite renforcé au moment du séchage.
« On réduit l’utilisation d’électricité d’environ 60 % », précise Philippe Berlan, qui évoque aussi environ 30 % d’eau utilisée en moins. L’intérêt est également industriel : un procédé plus rapide, moins énergivore, permettant aux teinturiers d’augmenter la cadence et compatible avec les machines « conventionnelles ».
« Une innovation intéressante est celle qui pourrait être appliquée demain sur des millions de vêtements sans faire exploser les coûts » – Romain Liot, cofondateur d’Adore Me
Cette promesse s’inscrit aussi dans une autre bataille : celle des colorants issus de la pétrochimie. Car remplacer la chimie fossile ne suffit pas ; encore faut-il obtenir des couleurs stables, reproductibles et résistantes au lavage, à la lumière ou au frottement. C’est sur ce même terrain que se positionne aussi Pili Bio, qui utilise la fermentation pour faire produire à des micro-organismes des molécules de base, ensuite transformées en colorants par chimie verte. Au Portugal, Eyand explore une autre voie : extraire des couleurs d’origine naturelle puis travailler leur formulation et leur application pour les rendre compatibles avec des séries industrielles.

Une réflexion méta…, faut-il encore teindre ?
D’autres pistes déplacent le problème plus en amont. Natural Cotton Color, au Brésil, mise sur des cotons naturellement colorés : la fibre pousse déjà avec une teinte, ce qui permet de supprimer l’étape de teinture et donc les besoins en eau, en chaleur et en chimie. La solution reste limitée par une palette plus restreinte mais rappelle que la couleur peut aussi se penser dès le choix de la fibre.
Toutes ces innovations placent la teinture au cœur de la transformation industrielle du textile. Reste à les faire sortir du laboratoire. « Une innovation intéressante n’est pas celle qui améliore un produit pilote : c’est celle qui pourrait être appliquée demain sur des millions de vêtements sans faire exploser les coûts », conclut Romain Liot, qui se dit optimiste : « Les solutions les plus prometteuses se rapprochent des contraintes du marché. Pour la première fois, intérêt économique et intérêt climatique convergent à grande vitesse. »