[En récap] : Nuoceans, jeune start-up européenne fondée en 2023, transforme des sandales usagées rejetées par la mer en sandales désirables à faible impact. Collectées en Thaïlande avec l’ONG Trash Hero, ces sandales sont triées, lavées, broyées puis thermocompressées pour créer une semelle intermédiaire colorée, signature de la marque. Chaque paire intègre 300 grammes de déchets plastiques recyclés, et l’entreprise revendique déjà plus de 8 tonnes de déchets récupérés, dont 3 tonnes valorisées dans ses produits. En misant autant sur le style, le confort et l’accessibilité que sur l’impact, la marque défend une vision de la mode où la circularité devient enfin désirable.
Chaque année, environ 20 millions de tonnes de plastiques sont jetés dans les océans partout à travers le monde, selon les chiffres de l’UNEP (United Nation Environment Programme). Cette énorme masse de déchets, qui ont pour la plupart une durée de vie supérieure à mille ans, est une source majeure de pollution qui met gravement en péril la biodiversité marine en impactant les écosystèmes et en contaminant les chaînes alimentaires.
Nuoceans est née en réponse à cette situation. Cette jeune start-up européenne, qui a été fondée en 2023 par un belge, un britannique, et une autrichienne, est né de la conviction qu’ il était possible et nécessaire de transformer les matériaux rejetés par la mer en nouvelles ressources pour la mode responsable, et de proposer ainsi des produits utiles et écologiques qui ont un impact environnemental concret.

« Nous venons de dépasser les 8 tonnes de déchets récupérés dans les océans, dont 3 tonnes ont d’ores et déjà été valorisées dans les produits. » – Hadrien Lejeune, cofondateur de Nuoceans
Nettoyer les océans
Comme acte fondateur, la marque a choisi de revaloriser la sandale usagée, qui est un symbole de la surconsommation avec 3 milliards de paires fabriquées et vendues chaque année, essentiellement en Afrique et en Asie, dont une bonne partie finit dans l’océan, puis est rejetée par la marée sur les plages. « Nous avions identifié un problème dont personne ne parlait. Ce sont des produits peu coûteux, qui ne sont généralement pas de bonne qualité et qui sont donc difficiles à recycler. Notre idée, c’était de les compresser pour en faire des plaques de déchets multicolores. Ce qui est intéressant par rapport à d’autres plastiques thermopressés, c’est que la propriété flexible est maintenue intacte à l’issue du procédé de transformation. » explique Hadrien Lejeune, un ingénieur bruxellois qui fait partie des cofondateurs de Nuoceans.

Concrètement, les sandales usagées sont d’abord collectées en Thaïlande par Trash Hero, une ONG locale avec laquelle Nuoceans a passé un accord de partenariat. Elles sont ensuite triées par couleur, soigneusement lavées, puis broyées en petits morceaux qui vont être chauffées et compressées pour former le matériau de base coloré qui servira à fabriquer la semelle intermédiaire des nouvelles sandales. Cette couche multicolore est devenue la signature de Nuoceans et participe largement au succès de la marque. Grâce à elle, chaque paire intègre 300 grammes de résidus de plastiques recyclés. « Nous venons de dépasser les 8 tonnes de déchets récupérés dans les océans, dont 3 tonnes ont d’ores et déjà été valorisées dans les produits. C’est vraiment l’impact premier de notre action. » précise Hadrien Lejeune.
Tendre vers le moindre impact
En complément, tous les autres éléments des chaussures ont également été pensés pour tendre vers le moindre impact. Les brides sont conçues en cuir végan à partir d’un mélange de déchets pré-consommation recyclés et de polyester, pour donner une seconde vie à des matières existantes plutôt que d’en produire de nouvelles. Elles peuvent également être en fibre de palmier biosourcée, comme sur le modèle Coco, pour proposer une alternative encore plus naturelle.
La semelle intérieure est quant à elle fabriquée à 80% en liège recyclé, issu de chutes de production et de bouchons revalorisés, associé à 20% de latex naturel, tandis que la semelle extérieure est en Eva recyclé, provenant d’un mélange de déchets pré-consommation issus de l’industrie de la chaussure et de matières vierges, afin d’éviter que ces matériaux ne finissent en décharge. « Pour l’instant, le seul élément qui n’est pas recyclé ou biosourcé, ce sont les boucles en métal… Il y a des procédés qui existent. Nous n’avons pas encore eu le temps de les sourcer mais nous allons nous pencher sur la question » détaille Hadrien Lejeune.

Enfin, les boîtes qui servent à conditionner les produits sont elles-mêmes à faible impact en étant assemblées avec du carton revalorisé, certifié 100 % ECO, recyclable avec le papier et approuvé FSC (Forest Stewarship Council).
La désirabilité comme moteur de la circularité
Pour donner encore plus de portée à cette conception responsable et vertueuse de bout en bout, Nuoceans a également travaillé sur la désirabilité et l’accessibilité des sandales. « Nous nous sommes rendus compte que l’aspect éco-responsable, que nous avions placé au premier plan, était en fait la cerise pour le gâteau, le truc en plus… Les gens veulent d’abord des produits qui ont du style, qui sont confortables, et si possible pas trop coûteux » commente Hadrien Lejeune. Il est intéressant de noter que, bien qu’étant éco-concues, les sandales Nuocéan restent à un prix abordable.
C’est pour cette raison que la couleur est l’autre marqueur indispensable de Nuoceans. Chaque modèle bénéficie d’un design affirmé qui le différencie visuellement au premier coup d’œil. Ce choix esthétique permet de sortir le recyclé de l’image austère qui lui colle parfois à la peau, et de le replacer dans l’univers du désir et du style. Le confort n’a pas non plus été oublié. La semelle intérieure est recouverte par une couche de mousse rembourrée qui offre un maintien optimal du pied pour que les sandales soient agréables à porter en toutes circonstances.
Pour aller plus loin, Nuoceans propose, depuis peu, de nouveaux produits et cherche à élargir son circuit de distribution. D’ores et déjà vendue en France, en Allemagne, en Autriche, en Belgique et en Angleterre, la marque souhaite s’ouvrir à de nouveaux marchés. Dans un secteur textile encore très centré sur le neuf, cette start-up prometteuse représente l’avenir de la mode en proposant une alternative qui prouve que les déchets peuvent avoir de la valeur et que la responsabilité peut avoir du style.
