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La sociologie de l’imaginaire peut-elle construire de nouveaux récits pour la mode ? Entretien avec Alice Pfeiffer

Le système capitaliste nous enferme dans un récit que la majorité semble subir plus que profiter, à commencer par les tendances, éphémères et ultra-rapides. Cette allure n’est soutenable ni pour les ouvrier·e·s, ni pour les ressources planétaires, ni pour les consommateur·ice·s contraint·e·s de dépenser toujours plus dans des pièces de qualité médiocre, ne répondant à aucun besoin. Il est temps d’inspirer de nouveaux imaginaires soutenables, qui n’aient pas un avant-goût de fin du monde. Alice Pfeiffer, autrice, journaliste spécialisée dans la mode, sociologue et un peu punk, nous explique sa discipline et nous raconte le pouvoir du vêtement.

Qui êtes-vous, Alice Pfeiffer ? 

J'ai 38 ans et je suis Executive Director du magazine Nylon France. J’ai travaillé pour de nombreux magazines dont Vogue US, UK, et Italia, le Guardian, le New York Times et Le Monde. Cela fait plus de 10 ans que je suis critique de mode.
Je suis aussi autrice de deux livres, Je ne suis pas parisienne en 2019, et Le goût du moche en 2021. 

Couvertures-de-livres

Je suis titulaire d’un master en Gender Studies à l'intérieur duquel j'ai intégré des Fashion Studies, afin de croiser deux champs d'études qui n'existaient pas vraiment. J’ai repris mes études durant le confinement, un deuxième master en sociologie, à l'École des hautes études en sciences sociales.

Comment êtes-vous passée de médias de mode à un média de pop culture ?

J’étais intéressée par ce titre américain, et surtout de la manière dont on pouvait ajuster une proposition à un public français. Le copier-coller n’est pas le but. L’idée est de produire un objet et une voix locale, qui parlent de problématiques propres à la France. Nous n’avons pas le même rapport à la gloire, à la célébrité, à l'argent, à la féminité, à la mode… La pop culture qui est très forte en Amérique, veut dire “culture populaire”. En français, “populaire” a une connotation péjorative. Cette seule notion est intéressante. Péjorative en quoi ?

La ligne éditoriale de Nylon est à la fois mode et pop culture. C'est un magazine pour les jeunes qui célèbre et pense avec joie et pluralité, convaincu qu’il n'existe pas une élite en opposition à une masse populaire. Nous sommes distribués sur tout le territoire français, car les cultures locales sont partout à travers le pays. 

L’hybridation des cultures est-elle possible selon vous ? Par quels outils médiatiques ?

Trouver un moyen pour que le populaire et l'avant-garde puissent coexister est précisément ce qui m’intéresse. On peut associer du très pointu et du très grand public sans que l’un ne tue l'autre.  “L’effet de ruissellement” [Tendance qui ruisselle vers le monde populaire après avoir émergé de l’avant-garde - NDLR] notamment associé au luxe, est un mythe qui me paraît odieux. C’est un mépris élitiste dont il faut se débarrasser.

Opposer le bon versus le mauvais goût nous enferme, c’est nier le fait que l’être Humain est un kaléidoscope de choses très contradictoires. Je peux par exemple lire des essais bien précis et pour autant écouter la playlist la plus mainstream du monde. Dans nos imaginaires, il y aurait d’un côté une masse qui n'y connaîtrait rien, qui n'aurait aucun goût et ne consommerait que des objets de seconde zone, de l’autre une élite extrêmement raffinée, sans faux pas. Ce sont justement nos espaces de contradiction qui sont intéressants, au cœur de chacun.e qui m’intéresse. 

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