[Récap] : Francéclat a organisé la première édition de ses Rencontres RSE pour rendre la responsabilité sociétale plus opérationnelle chez ses ressortissants. Parmi les thèmes des échanges : la structuration progressive des politiques dans les entreprises, la montée en puissance de la seconde main comme levier stratégique et le besoin d’accompagnement dans les PME. En tâche de fond, l’évolution des modèles d’affaires vers des logiques servicielles et circulaires.
À l’occasion de la première édition de ses Rencontres RSE, Francéclat, comité professionnel chargé de développer les filières horlogerie, bijouterie-joaillerie et arts de la table en France, a réuni ses acteurs autour d’un temps d’échange consacré aux pratiques et aux outils de la RSE. Les discussions ont fait apparaître des dynamiques déjà engagées – déploiement des politiques au sein des entreprises, essor de la seconde main, structuration progressive des démarches… – et dessiné les prochains chantiers, entre accompagnement des PME et évolution vers des modèles plus durables. Article proposé dans le cadre d’une série réalisée en partenariat avec Francéclat, accélérateur de développement des filières horlogerie, bijouterie- joaillerie et arts de la table.
C’est au cœur du Sentier, à la Climate House, que s’est tenue la première réunion des Rencontres RSE de Francéclat. Le comité a réuni, ce 22 avril, ses acteurs et autres filières autour d’un objectif : démocratiser la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) dans les secteurs HBJOAT (horlogerie, bijouterie-joaillerie, orfèvrerie et arts de la table), en la rendant plus lisible et plus opérationnelle. Délégué général, Hervé Buffet a insisté sur la nécessité « d’influencer et de mieux faire connaître les initiatives », dans une logique de RSE « utile », capable de « générer une valeur durable ».

Comment rendre la RSE opérationnelle dans les PME ?
Cette journée, découpée en plusieurs ateliers et tables rondes, s’est ouverte par le lancement d’un guide et d’un outil « 360° » dédiés aux PME. Aujourd’hui, seules 28 % d’entre elles disposent d’une politique formalisée – alors même que beaucoup mènent déjà des actions. « On voit se développer des initiatives éparses, qui ne sont pas intégrées dans la stratégie globale », regrette Anouck Quéméneur, responsable RSE chez Francéclat.
« C’est extrêmement guidé, très facile à suivre et cela donne beaucoup d’idées », François Merriaux, responsable RSE chez Arc.
Conçu comme un dispositif complet, l’outil – couplé à un guide pas à pas et codéveloppé avec le cabinet spécialisé Goodwill-management – prend la forme d’un fichier Excel couvrant l’ensemble du processus : cartographie des parties prenantes, analyse de double matérialité, évaluation de maturité, priorisation, plan d’action et reporting. Il repose sur la VSME, norme volontaire issue de la CSRD, pour aligner les pratiques avec les attentes des donneurs d’ordre. « C’est extrêmement guidé, très facile à suivre et cela donne beaucoup d’idées », témoigne François Merriaux, responsable RSE du verrier Arc.
La RSE se construit-elle de la même façon à toutes les échelles ?
Les retours d’expérience font également apparaître des dynamiques et des enjeux distincts selon les entreprises. Lucile Viaud, à la tête d’un atelier installé en Bretagne, porte une approche directement liée à son activité : développer des verres à partir de ressources locales et de matières destinées à l’enfouissement, défendant une logique de soutenabilité et de circularité.
« L’impulsion est venue de la direction générale », Estelle Formont de Caneva, directrice RSE de Thom Group.
Dans d’autres cas, la démarche se met en place progressivement, parfois sous l’effet de contraintes. « En 2011, notre principal client nous a demandé d’obtenir la norme “Responsible Jewellery Council” [qui certifie des pratiques responsables dans le secteur de la joaillerie, de la bijouterie et de l’horlogerie, NDLR] », témoigne Candice Aurouet-Harel, dirigeante du joaillier Aurouet de Mervelec, qui regroupe une cinquantaine de salarié·es. À partir de cette exigence, l’entreprise a développé une série d’initiatives, du bien-être au travail à la gestion des impacts environnementaux jusqu’à la réalisation d’un bilan carbone.
À l’échelle des grands groupes, la dynamique repose davantage sur un cadrage stratégique, en réponse à des attentes internes et externes. « L’impulsion est venue de la direction générale», indique Estelle Formont de Caneva, directrice RSE de Thom Group (Histoire d’Or, Agatha…), qui réunit plusieurs milliers de collaborateur·ices. La politique se déploie à travers des feuilles de route à moyen terme et un travail approfondi sur la chaîne de valeur, notamment auprès des fournisseurs.

La seconde main rebat-elle les cartes du luxe ?
« Le preloved permet de faire entrer des client·es qui n’auraient pas osé pousser la porte d’une bijouterie traditionnelle », Hervé Vercoutere, responsable chez Lepage Joaillerie
Longtemps considérée comme un marché secondaire, la seconde main change désormais de statut. Maximilien Urso, PDG du cabinet Efficio, souligne « la montée en compétence des acteurs en matière d’authentification » et le « développement d’outils de traçabilité. » « Ce segment influence désormais les prix, les ventes du neuf et même les designs », poursuit-il. S’y convertir ? « Les marques n’ont plus vraiment le choix », estime de son côté Fabienne Lupo, fondatrice de ReLuxury – premier salon dédié au re-commerce dans le luxe –, qui voit de plus en plus de Maisons s’y intéresser.
Les enjeux sont multiples : reprendre la main sur des pièces qui circulent hors de leurs réseaux, capter une clientèle plus jeune, sécuriser l’achat, encore freiné par des doutes sur l’authenticité et la qualité des pièces… « Le preloved [nom admis pour la seconde main dans le luxe, NDLR] permet de faire entrer des client·es qui n’auraient pas osé pousser la porte d’une bijouterie traditionnelle », estime Hervé Vercoutere, responsable chez Lepage Joaillerie. Cette tendance implique toutefois de faire évoluer les circuits de distribution, de former les équipes de vente et renforcer l’accompagnement client.
Pourquoi les modèles actuels freinent-ils la transition ?
En fin de journée, l’intervention d’Arthur Auboeuf, cofondateur de Team for the Planet, a déplacé la réflexion vers les modèles économiques eux-mêmes. Ce collectif d’investisseurs vise à identifier, financer et diffuser des innovations capables de réduire les émissions de gaz à effet de serre, en les mettant en relation avec des entrepreneurs en mesure de les déployer. « Les solutions pour la transition existent : l’enjeu est de les déployer à grande échelle », rappelle-t-il. 50 millions d’euros ont déjà été investis dans une quinzaine de projets.
Au-delà du financement, il pointe un déséquilibre : « Dans notre système, les services rendus par les écosystèmes ne valent rien », critiquant une logique encore largement fondée sur l’extraction et le volume. Il appelle ainsi à faire évoluer les modèles d’affaires vers des logiques d’usage et de durabilité. Une mutation qu’il juge particulièrement possible dans le luxe, où la valeur se concentre déjà dans un savoir-faire, « des récits et une histoire ».
La journée s’est conclue par la remise du Prix RSE, destiné à valoriser les plus belles initiatives de l’année. L’enseigne de distribution La Trésorerie a obtenu le premier prix pour son modèle d’approvisionnement fondé sur une production majoritairement française et européenne et des matériaux naturels. La maison de joaillerie Paulette à Bicyclette arrive en deuxième position, saluée pour son intégration verticale, son recours à l’or Fairmined et sa traçabilité. La marque de bijoux Retour de Plage complète le podium avec un modèle intégré reposant sur le « juste stock », une démarche RSE labellisée et des actions en écoconception et réduction de l’empreinte carbone.

Article proposé dans le cadre d’une série réalisée en partenariat avec Francéclat, accélérateur de développement des filières horlogerie, bijouterie- joaillerie et arts de la table.