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Fashion Week de Copenhague : un exemple de durabilité ?

Ne serait-ce qu’en 2022 on se demandait si un défilé éco-responsable était possible ? Aller-retours en avions, décors extravagants, destruction du vivant, vêtements polluants… Cher payé en carbone pour 15 minutes de défilé. On se souvient encore de la fusée Chanel au Grand Palais et de l’arche géante Yves Saint-Laurent en plein désert. Mais comme il n’y a pas de meilleure façon d’influencer que par l’exemplarité, la Fashion Week de Copenhague s’est donnée pour mission de nous prouver qu’il est possible de revenir au vert.

Backstage

©TG Botanical

Quelles sont les particularités de la CPH FW (Fashion Week de Copenhague) ?

La durabilité dans tous les sens du terme

Initiée en 2006, la Fashion Week de Copenhague a intégré la durabilité à son programme grâce à sa directrice générale Cecilie Thorsmark. Aujourd’hui, dans chacune des descriptions de marques prévues au calendrier, on trouve un encart sur les efforts des créateur·ice·s qui présenteront leur collection. Peu étonnant quand on connaît le lifestyle Danois dont la qualité de vie est exceptionnelle et où la santé et l’écologie vont de pair.

En 2020, Cecilie Thorsmark a dévoilé son plan de durabilité avec des exigences à respecter pour faire partie du calendrier officiel [1]. Il est revu tous les trois ans par un comité d’expert·e·s en écoresponsabilité, plaçant cette semaine de la mode comme leader dans le domaine. Ce plan s’appuie sur 18 critères applicables depuis cette saison, laissant 3 ans aux griffes pour se mettre aux normes. Parmi eux, celui de posséder au minimum 50% de matières recyclées ou de stocks dormants [2] dans leurs collections. Aidées par l’organisme de la Fashion Week, les marques bénéficient de séminaires, coaching et autres outils pour progresser. Encourageant, il s’agit de jeunes marques et de créateur·ice·s émergent·e·s dont la progression est rapide vers l’atteinte des objectifs fixés et plus encore. 

Use Cases : la marque Deadwood et A. Roege Hove

Deadwood, originaire de Stockholm, est une marque qui offre des collections fabriquées à partir de matériaux considérés comme des déchets. Spécialisée dans le recyclage du cuir, la marque utilise aussi des matières végétales étonnantes comme le cactus. De son côté, Paolina Russo utilise des méthodes artisanales de production couplées à des techniques industrielles modernes. L’ensemble est teinté grâce à des méthodes naturelles, dont résulte un mélange intéressant d’esthétique traditionnelle et de futurisme. Quant à A. Roege Hove, toutes les pièces sont produites en Europe, avec une politique zéro-déchet/chutes de production, puisque les modèles sont tricotés sur forme, c’est-à-dire sans coupe.

Une ville écologique et un défilé conçu pour un impact maîtrisé 

En ce qui concerne le défilé en lui-même, la ville se prête parfaitement à l’exercice. Les scénographies sont épurées. Les shows ayant lieu tantôt dans un parc, tantôt sous un pont ou face à un monument. La marque Stine Goya a présenté sa nouvelle collection dans la rue où vit sa créatrice, dont le nom “Homecoming” n’est pas à prendre au second degré [3].  Pour celles·eux qui n’ont pas pu se déplacer, des marques comme Ganni proposaient de voir leur défilé en live

L’accessibilité 

À la lumière de la Fashion Week de Londres qui s’ouvre de plus en plus le public, celle de Copenhague l’intègre dans ses présentations. Quand Stine Goya fait défiler ses amies, Sakts Potts fait jouer des enfants et Rotate fait participer des influenceuses. La mode danoise est accessible et permet de se projeter facilement en tant que consommateur·ice·s. Les images de street style de Copenhague sont partout sur notre feed Instagram et apportent un vent coloré à l’industrie souvent représentée comme sinistre. Cela se reflète aussi au niveau des prix, conséquents, mais bien plus bas que ceux pratiqués dans les capitales de la mode. 

street style

©TG Botanical

Le confort

Bien qu’esthétique, les créateur·ice·s gardent à l’esprit de faire des pièces confortables. Elles doivent s’adapter au rythme de vie du territoire qui privilégie le transport à vélo et la famille avant tout. Cela se traduit niveau style par l’utilisation de beaucoup de mailles qui s’adaptent aux formes du corps, d’ensembles décontractés, de pièces oversize et de fluidité. C’est aussi une façon d’intégrer plus de diversité des corps avec des vêtements qui vont à “tout le monde”.

La diversité 

Le choix de créer des vêtements amples et de placer cela sous l’égide de l’inclusion est déploré par Ida Petersson, directrice des achats chez Browns. En effet, elle souhaiterait que les Maisons de couture proposent aussi des vêtements cintrés adaptés aux corps généreux. On en a marre des matières extensibles ou des vêtements dans lesquels les formes se perdent !

De son côté, Clara Svane, fondatrice de Swan Scounting Agency, a dénoncé, lors de la même conférence au forum de la mode de Copenhague, la présence trop importante de corps longilignes et le manque de représentations multiculturelles. Elle nous explique qu’il n’y a pas besoin de chercher loin pour trouver des femmes magnifiques scandinaves, avec une grande diversité. 

Rencontre avec la marque TG Botanical 

Le 10 août, TG Botanical a donné rendez-vous à The Good Goods sous le pont Knippelsbro, pour découvrir leur nouvelle collection présentée à la Fashion Week. C’est entre l’eau et le béton que les mannequins ont défilé, arborant des tenues contrastantes, car délicates, qui renvoient à la fragilité de l’être et de la matière. Avec cette collection texturée, la créatrice Ukrainienne Tetyana Chumak, a voulu rappeler la surface de la Terre et le métal érodé. C’est avec une palette de couleurs organiques, ocres et bleu cyan qu’elle construit des looks fluides se mariant à toutes les morphologies des mannequins

Cette connexion avec la Nature ne s’arrête pas à l’esthétique puisque venant d’une famille d’agriculteurs, Tetyana utilise des matières naturelles et respectueuses de l’environnement. Son sens de la communauté et son amour pour la production locale la poussent à s’impliquer, de la première plante qui sort du sol, aux techniques expérimentales de teinture du tissu, jusqu’au produit fini. Cette saison, elle utilise de la batiste certifiée, des cotons, des soies, de l’ortie biologique et du lin. C’est la première fois que la marque intègre des accessoires, fabriqués à partir de vieux tissus d’ortie provenant d’artisans locaux.

Défilé

©TG Botanical

Fondée en 2021, TG Botanical est composée d’une équipe de 30 femmes soutenues par la marque qui met tous les moyens possibles en œuvre pour le maintien de leurs emplois et leurs relocalisations, en contexte de guerre en Ukraine. Les champs de production de leur matière première ont directement été affectés par l’invasion russe et sont aujourd’hui inutilisables à cause d’incendies relatifs à la guerre. Malgré des conditions difficiles, TG Botanical a fait partie des trois finalistes du “Zalando Sustainability Award” et a présenté son premier défilé à la Fashion Week de Copenhague

La Fashion Week de Copenhague se distingue par ses engagements environnementaux et ses jeunes créateur·ice·s aux idées modernes. Faisant bientôt de cet évènement influent, un incontournable du calendrier de la mode, la directrice générale Cecilie Thorsmark a su introduire la durabilité assez tôt pour faire de Copenhague un leader dans le domaine. Accessible, confortable et durable, la CPHFW séduit sur les réseaux sociaux, ouvrant une porte au secteur de la mode dont les efforts en termes de durabilité restent encore à prouver. 

Références :

[1] Fashion Network : Cecilie Thorsmark (CPHFW): “Être une source d’inspiration en matière de développement durable fait naturellement partie de notre Fashion Week”
[2] Le Monde : A Copenhague, une fashion week en mode durable
[3] Fashion United : Copenhagen Fashion Week : les marques dirigées par des femmes s’imposent en Scandinavie et au-delà

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