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La coopération Franco-Belge, quels outils pour le développement durable des Industries Créatives et Culturelles Mode et Design ?

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Raf Simons, Ann Demeulemeester, Martin Margiela… La Belgique est un terreau fertile pour les pousses créatives. Si le talent peut être inné, exprimer son plein potentiel requiert de la discipline et des outils, un réseau, des moyens financiers, à plus forte raison quand il s’agit de développer une activité professionnelle pérenne. Quelles sont les ressources à disposition des Industries Culturelles et Créatives, en particulier Mode, accessibles en Belgique ? Comment se transforment les designers et maisons historiques portés par le courant d’une nouvelle génération intrinsèquement engagée ? La première journée de rencontres professionnelles sur la mode éco-responsable s’est tenue le 10 mai 2023 à Anvers, organisée par L’Ambassade de France en Belgique, l’Université d’Anvers et le Musée de la Mode d’Anvers (MoMu). Des réflexions éthiques sur l’industrie aux informations pratiques pour construire sa marque, retour sur l’évènement et ses enseignements.

Les premières rencontres professionnelles franco-belges sur la mode responsable

Un évènement pour nourrir l’innovation et anticiper les besoins de la création de mode franco-belge

Notre monde dépend de la réalisation de notre travail, de la cause que l’on porte et de celles et ceux au service de qui nous choisissons d’œuvrer. En France comme en Belgique, de Paris à Anvers, de Roubaix et Tourcoing à Gand, il existe derrière la volonté d’entreprendre et d’innover, des gens ambitieux et curieux, enthousiastes à l’idée du futur. Ils considèrent le changement climatique et la façon dont nos business doivent s’y adapter comme un challenge, un sujet intellectuellement intéressant, une activité individuellement stimulante aux bénéfices collectifs. Ces personnes-là sont rares et peu visibles, ainsi les moments de rencontres et d’échanges sont précieux. À l’initiative de l’Ambassade de France en Belgique, l’Universiteit Antwerpen et le MoMu, les rencontres professionnelles franco-belges sur la mode éco-responsable étaient à la fois l’occasion de créer et renforcer un dialogue et un réseau franco-belge, de faire circuler les énergies créatives et  nourrir la réflexion de part et d’autre de nos frontières.

Un hub de professionnel·le·s, penseurs et créateurs de la mode engagée

Ces premières rencontres rassemblaient différentes générations et profils : des designers (Rose Ekwé, tisserande et chercheuse, tisserande et chercheuse), des centres de recherche (le Centre Européen des Textiles Innovants ; CETI) ; des startups comme feat.Coop en Rhône-Alpes, solution de sourcing de stocks dormants), des incubateurs (le Fashion Green Hub présent à Paris et Roubaix), des associations professionnelles (la Fédération de la Mode Circulaire lancée en France en 2022 crée en France en 2022), établissements d’enseignement supérieur (l’IFM ayant développé une chaire de Développement Durable avec le groupe Kering et la chaire Kering pour la sustainability) et des chercheurs belges (Jasmien Wynants) et français. Les échanges étaient organisés autour de tables-rondes, d’ateliers et de rencontres sur des thèmes porteurs : les nouvelles générations de textiles, les défis liés au déploiement et au passage à l’échelle de solutions expérimentales, les réseaux et structures d’accompagnement à la démarche éco-responsable.

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De nombreux sujets ont été abordés, en écho aux missions de l’Ambassade de France en Belgique : 

  • La collaboration et les échanges entre créateur·ice·s : De précieux témoignages comme celui de la jeune designer Florentina Leitner dont les pièces upcyclées défilent sur les podiums de la Fashion week et les pages des magazines de mode iconiques. Une occasion pour elle de parler de la difficulté de ce modèle de production. “Créer à partir de dead stocks n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Il faut toujours chercher les bonnes quantités et les bons fournisseurs, je suis toujours à la recherche de nouvelles options. L’anticipation du sourcing est cruciale.” »
  • L’innovation et l’accélération des technologies vertueuses : 
    • Les Gélotextiles®️ de Rose Ekwè, composés d’un gel d’algue filé et lin, alternatif aux ressources fossiles, biosourcé, 100% biodégradable et compostable. Ils sont teintés végétalement et utilisables en décoration et ameublement. 
    • Le CETI (Centre Européen des Textiles Innovants) travaille à intégrer et industrialiser la circularité dans la mode, en facilitant la collecte et le tri localement, afin de permettre au réemploi de matières textiles de passer à l’échelle. Il était représenté par Isabelle Cornu Anton, Directrice Générale Adjointe, qui remet en perspective les enjeux de ces nouvelles technologies, qui signifient “créer de nouveaux business modèles, de nouveaux métiers, donc des programmes de formation sur les ACV (Analyse du cycle de Vie), les meilleures pratiques du recyclage aujourd’hui“. Le CETI a également développé une plateforme digitale pour réfléchir aux enjeux d’une production à la demande, plus agile, moins dépensière, à la créativité renforcée et capable de mesurer des impacts environnementaux en temps réel. “Nous ne pouvons plus nous permettre de faire voyager des prototypes en avion entre Europe et Asie”. 

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  • L’enseignement et la formation : De nombreux programmes de formation et d’aides financières ou au développement sont disponibles en Belgique (le détail est présenté dans le répertoire qui suit). L’éco-responsabilité est une discipline transversale, comme en témoigne Brandon Wen, Directeur Créatif de l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers : “Quand j’étais étudiant, le développement durable n’était pas un sujet de premier plan. Il est maintenant intégré dans tous les cours et la demande émane des élèves eux-mêmes.” Côté français, la délégation représentait notamment : la chaire sustainability IFM-Kering (Bérangère Pagès), l’école de mode alternative Casa 93 (Nadine Gonzalez) et Clu++er (Andrea Cammarosano) connus pour leurs programmes environnementaux et sociaux associant glanage et upcycling dans la formation de jeunes de tous les horizons, avec et sans bagage mode.
  • Soutien institutionnel et législatif : Plusieurs ressources sont mises à disposition en France, comme le Fashion Green Hub, structure de soutien à l’entrepreneuriat et incubateur à Paris et à Roubaix. L’alliance franco-belge, comme les fédérations et les associations de professionnelles, est en mesure d’influencer la politique et la législation en matière d’industries culturelles et créatives. Ainsi, Elie Dahan-Lamort rappelait le rôle de l’encadrement réglementaire de la Fédération de la Mode Circulaire et sa capacité de porter des actions à l’échelle européenne.

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Les Gélotextiles® de Rose Ekwè©

Les grands créateur·ice·s belges, des talents aussi éminents que discrets à la renommée internationale 

La Belgique est le berceau de créateur·ice·s de mode les plus talentueux et influents de l’industrie, ayant contribué à la renommée du territoire, propice au développement des ICC.

Maître de l’upcycling, Martin Margiela est un créateur connu pour son approche expérimentale et conceptuelle de la mode. Il a fondé la maison de couture Maison Margiela, qui est devenue célèbre pour son esthétique avant-gardiste et ses techniques de construction uniques. Dries Van Noten est réputé pour ses imprimés audacieux et sa maîtrise des tissus. Ses collections sont caractérisées par un mélange de motifs, de couleurs et de textures, et il est connu pour son sens de l’élégance et du détail.

Raf Simons a occupé des postes de direction chez Jil Sander, Dior et Calvin Klein. Il est connu pour son esthétique minimaliste et son mélange de coupes classiques et de détails contemporains.

Ann Demeulemeester est reconnue pour son esthétique sombre et poétique. Ses collections sont souvent associées à une silhouette androgyne et à l’utilisation de tissus fluides et drapés.

Olivier Theyskens a travaillé pour des maisons de couture telles que Rochas, Nina Ricci et Theory. Il est reconnu pour ses créations romantiques et ses silhouettes sculpturales.

Si les préoccupations environnementales sont récentes sur la scène conventionnelle de la mode, elles semblent intrinsèques aux jeunes designers. L’heure est au renouveau des imaginaires et des méthodologies de travail. Certains créateurs belges ou basés en Flandre en sont la relève comme Florentina Leitner, Rushemy Botter, Lisi Herrebrugh, ou les chefs de file comme Tim van Steenbergen, designer et thinker à Anvers, qui conjugue les savoir-faire au futur. Inspiré par le Craft c’est-à-dire la façon dont les choses sont faites, ce dernier s’attache à créer des pièces qui traversent les saisons et les environnements, suggérant de changer le décor plutôt que les vêtements sur les défilés. 

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Florentina Leitner®

Je veux donner à mon entreprise le temps de vraiment réfléchir à la façon dont l’industrie peut faire différemment. Je veux réécrire la mode avec l’histoire du vêtement, les lieux d’où il vient, les gens qui l’ont fabriqué. Quand l’artisanat est impliqué, vous n’avez plus besoin du langage.” En somme, chaque vêtement porte en lui une histoire susceptible de changer les pratiques de consommation. Tim est à l’interface génération elle entre les designers conventionnels et les plus jeunes, dialoguant aussi simplement avec les deux, adaptant son activité de conseil à un public dont la création est en conversion vers plus de responsabilité ou au contraire motrice du changement.

Au-delà des processus créatifs eux-mêmes, les modèles de communication et de distribution diffèrent et inspirent. À Anvers, nombreux sont les ateliers de designers ouverts aux clientes, où les vêtements continuent d’être intégralement crées « Made in Belgium » voire « Made in Anvers », dans un effort de transparence et une volonté de proximité avec les consommateur·ice·s invité·e·s à l’émerveillement et à constater par eux·elles-mêmes le travail requis par un vêtement. De même, l’e-commerce est encore peu ancré dans les mœurs des citoyen·ne·s belges, qui sont attaché·e·s aux relations humaines dans l’acte d’achat vestimentaire. Une autre mode est ainsi possible, à chaque niveau du cycle de vie du vêtement. 

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Le répertoire de l’écosystème de la mode en Belgique, un cadre institutionnel favorable à la création

La France et la Belgique souhaitent ainsi pérenniser les savoir-faire, revaloriser les métiers d’art, promouvoir une conception durable et inclusive et renforcer les soutiens à l’innovation et l’entrepreneuriat. Plusieurs outils sont mis à disposition des créateur·ice·s à cet effet. 

Un lieu où les talents créatifs pionniers sont soutenus, promus et mis au défi de réinventer la mode, l’industrie de la mode et la façon dont elle est vécue. 

Kaat Debo, Directrice du MoMu, Laure Capitani, représentante de Wallonie-Bruxelles Design Mode et Ann Claes, Flanders DC, ont clôturé la journée avec un tour d’horizon des structures d’aide à la création de mode en Belgique francophone. Voici le répertoire. 

Les écoles pour la formation des talents

Les aides financières et à l’entrepreneuriat

  • FFWB aides à la création et au prototypage (projets) 
  • ST’ART – L’invest de créateurs 
  • L’aide à l’entrepreneuriat est un angle fort de la politique de la ville d’Anvers et de l’opérateur flamand Flanders DC dont la mission est de stimuler les talents en création d’entreprise de mode. Elle se décline sous diverses formes : mentorat, connexion à un réseau de professionnel·le·s, coaching, cross-overs entre les fournisseurs de matériaux, de technologies et les créatif·ve·s, mais aussi des programmes de soutien comme le « FlandersDC & ANTWERP. POWERED BY CREATIVES ».
  • Il existe également des aides financières aux PME et à la propulsion internationale grâce à des actions marketing et de communication.

Les écosystèmes créatifs locaux (incubateurs)

Les réseaux techniques et qui répondent aux enjeux climatiques et sociétaux

  • Centexbel – Centre d’expertise, R&D, certification 
  • The Shift – Réseau belge du développement durable 

Les aides à l’export

Pour aller plus loin : Etude Mode et Design en Belgique

Merci à Herman Van Goethem, Recteur de l’Université d’Antwerpen qui nous a accueilli, à Thomas Michelon, Conseiller de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France en Belgique et Annick Schramme, Directrice Académique à l’Université d’Anvers pour leur accueil.

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