[En récap] : Depuis quelques années, le secteur de l’horlogerie française est en pleine ébullition. Au cœur de cet élan : la relocalisation de la production. Son développement repose sur une collaboration entre les acteurs de l’horlogerie et ceux d’autres industries, donnant lieu à des innovations marquantes.
Au sein du luxe français, l’horlogerie suscite de nombreux espoirs. Depuis quelques années, ses acteurs ont lancé une stratégie pour dynamiser le secteur, mais aussi relocaliser la production afin de cimenter une identité française, alliant métiers d’arts et innovation. Retour sur leur stratégie et un cas d’étude sans précédent, l’organisation professionnelle France horlogerie et le Comité Professionnel de Développement Économique (CPDE) Francéclat, l’horloger Beaubleu. Article proposé dans le cadre d’une série réalisée en partenariat avec Francéclat, accélérateur de développement des filières horlogerie, bijouterie- joaillerie et arts de la table.
Si la crise traverse de nombreux secteurs français, il en est un en pleine ébullition : l’horlogerie. Depuis quelques années, ses acteurs ont mis en place une stratégie coordonnée pour dynamiser ses près de quatre-vingt-dix marques, mais aussi pour tenter une réimplantation de la production en France, certains savoir-faire s’étant perdus. “Depuis 2021, nous avons mené des études extrêmement détaillées auprès de nos acteurs pour comprendre leurs besoins et avons défini deux axes de développement forts : la coopération au sein de l’écosystème et l’innovation”, explique Guillaume Adam, secrétaire général de France Horlogerie.
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Ainsi, sous l’impulsion de France Horlogerie et Francéclat, des “grappes” d’acteurs ont été structurées pour définir des projets collaboratifs inédits. “Toute cette révolution repose sur l’embarquement des acteurs de la filière, quelle que soit leur taille, insiste Hervé Buffet, Délégué Général de Francéclat. Le sentiment de proximité, d’avoir un destin commun, est essentiel.” Les institutions tentent donc de mettre en contact des marques, manufactures et artisan·es qui ne travaillent pas encore ensemble. Au sein de l’industrie horlogère, mais pas seulement : “L’innovation peut venir de nombreux endroits, rappelle Guillaume Adam : l’industrie automobile, la santé et la microtechnique…”

Quand la filière réunit Beaubleu et la Monnaie de Paris
Récemment, un projet a concrétisé ces vœux de collaborations industrielles voire trans industrielles : la jeune marque Beaubleu s’est associée à la Monnaie de Paris pour concevoir les cadrans de sa collection La Pièce. Une collaboration unique par sa localisation – cela fait vingt ans qu’on ne produisait plus de cadrans en France – mais aussi par ses savoir-faire mis en œuvre : en alliant le design horloger aux techniques de frappe de monnaie, ces acteurs ont créé des montres sans précédent.

“La Monnaie de Paris travaille depuis quelques années à sa diversification, raconte Julie Grandjean, directrice de la stratégie et de la transition écologique. L’horlogerie est apparue comme une des voies possibles. Nous avons élaboré une technique de production de cadran à partir de nos savoir-faire pour les pièces, et avons présenté ce projet lors d’un événement Francéclat, qui a connu un franc succès. En parallèle, nous avons rencontré Nicolas Ducoudert-Pham, fondateur de Beaubleu, et ça a été le coup de cœur. Il était très impliqué dans les travaux de nos ateliers et nous avons conçu ensemble cette collection qui valorise leurs savoir-faire.”
“Notre outil industriel est très différent des producteurs de cadran classique, explique Mavrick Potez, développeur de projets. Normalement, les cadrans sont des ajouts de pièces qui viennent apporter du volume. À la Monnaie de Paris, nous apportons ce volume en une seule opération de frappe, ce qui constitue une prouesse. Nous travaillons donc en monobloc, et Beaubleu s’est emparé de ça.” En effet, Nicolas Ducoudert-Pham ne cache pas son enthousiasme : “Cette nouveauté m’a beaucoup parlé en tant que designer. Mon but n’était pas simplement de trouver un fournisseur en France, mais d’ouvrir le champ des possibles et sublimer des techniques sans précédent. La Monnaie de Paris a réussi une réindustrialisation des cadrans en France, mais aussi une signature.”
Un projet prometteur, tant pour le développement des métiers d’arts – qui sont treize à exercer à la Monnaie de Paris – pour l’innovation, mais aussi pour le scaling. En effet, l’institution peut produire des pièces uniques, mais aussi des séries en grandes quantités. Le travail avec Beaubleu a par exemple donné naissance à 8000 cadrans. A surveiller, dans les prochains mois, si d’autres collaborations sont annoncées…
Quel avenir pour l’innovation horlogère française ?
Au-delà de l’aspect économique, il faut tirer notre épingle du jeu de la mondialisation. Si nous déclinons simplement ce qui se fait en Suisse ou en Chine, c’est dommage. On peut avoir notre propre image, notre propre identité.” – Nicolas Ducoudert-Pham, Beaubleu.
Cette collaboration est une illustration parmi d’autres de l’élan du secteur local depuis une dizaine d’années. Par exemple, Beaubleu produisait déjà 99% de ses mouvements avec France Ebauches, manufacture historique du secteur. Pour cette jeune entreprise, la réindustrialisation joue un rôle stratégique : “Au-delà de l’aspect économique, il faut tirer notre épingle du jeu de la mondialisation, affirme Nicolas Ducoudert-Pham. Si nous déclinons simplement ce qui se fait en Suisse ou en Chine, c’est dommage. On peut avoir notre propre image, notre propre identité.”
Effectivement, cette dynamique d’innovation est d’autant plus marquée, pour Hervé Buffet, par le fait que la France abrite de nombreuses marques émergentes : “Elles arrivaient, au départ, avec un seul modèle, et ont donc des partis pris extrêmement forts. Elles ont amené un regard nouveau et un travail de différenciation. Cette façon d’approcher les choses différemment peut faire notre particularité en tant que français.”
Cerise sur le gâteau, “Nous voulons créer un espace collaboratif d’innovation horlogère, qui serait implanté dans deux lieux : à Besançon dans les locaux de Francéclat et à Morteaux dans le pays horloger.” s’enthousiasme Guillaume Adam. Le but : offrir un espace de prestations de services mutualisés (prototypage, bureau d’étude, formation…) pour les entreprises, notamment jeunes, et qu’elles puissent développer des innovations. Le projet est fixé, et sera, peut-être, bientôt concrétisé grâce à un soutien financier.
