Les Ouïghours En Chine : Leçon d’Esclavagisme Moderne

Les Ouïghours En Chine : Leçon d’Esclavagisme Moderne

 

Les Ouïghours En Chine : Leçon d’Esclavagisme Moderne

Le 1er mars 2020, un centre de réflexion australien rend public un rapport détaillé dénonçant le travail forcé de 80 000 Ouïghours au service de grandes marques internationales telles que Zara, Uniqlo, Nike, Adidas, Puma, Apple ou BMW. Les Ouïghours sont des groupes minoritaires pour la plupart de confession musulmane, persécutés en Chine pour la pratique de cette religion. Environ un million de personnes est estimé détenu dans des camps d’internement du Xinjiang au nord-ouest du pays… Après les internements de masse, les thérapies de conversion, ou l’assimilation forcée, l’État chinois semble cautionner un esclavagisme moderne, au service de grandes marques internationales.

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Le calvaire des Ouïghours

Les Ouïghours, les Kazakhs et d’autres groupes ethniques majoritairement musulmans, sont persécutés en Chine depuis des années pour leurs convictions religieuses. Des arrestations, des tentatives d’endoctrinement pour les convertir, des internements sont couramment pratiqués, déchirant des centaines de milliers de familles sans nouvelles de leurs proches. Cette répression massive est connue et dénoncée par la scène internationale. Elle a fait d’objet d’un documentaire récent sur Arte [disponible en fin d'article] et de plusieurs dénonciations médiatiques. Souvent, ces phénomènes lointains de souffrance chronique sont rendus invisibles par des actualités plus choquantes, des maux aigus qui font naître en nous plus d’empathie. Pourtant leur réalité n’en est pas moindre. Il est démontré que les effets du réchauffement climatique atteindront les populations précaires en première ligne. Il en est de même pour les injustices sociales : les plus faibles sont les plus fragiles et, de fait, les plus persécutés. Lorsque l’on cherche de la main d’œuvre à bas prix, la cible idéale est celle qui n’a pas la force de se révolter. La Chine contraint 80 000 Ouïghours détenus de camps d’internement à travailler pour 83 grandes marques internationales.

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Esclavagisme moderne en 2020

Entre 2017 et 2019, plus de 80 000 détenus dans la région du Xinjiang (au nord-ouest de la Chine), qui auraient été transférés dans des usines "appartenant aux chaînes d'approvisionnement de 83 marques connues mondialement dans la technologie, le textile et l’automobile", d’après un rapport de l’ASPI l'Institut australien de stratégie politique. Ce centre de réflexion australien fournit un rapport détaillé présentant documents et chiffres publics des entreprises et préfectures concernées.
Parmi les 83 marques et entreprises : de grands groupes chinois de l’électronique et l’électroménager (Haier, Huawei), des marques occidentales d’électroniques telles que Apple, Sony, Samsung, Microsoft ou Nokia... et de l'automobile comme Volkswagen, BMW, Jaguar Mercedes-Benz, ou Land Rover. Pas en reste : la mode. La liste qui suit est non exhaustive et déjà trop longue à lire : H&M, Gap, Zara, Uniqlo, Nike, Adidas, Puma, Polo Ralph Lauren, Abercrombie&Fitch, Skechers, The North Face et Fila, Lacoste, Calvin Klein, Cerruti 1881, Tommy Hilfiger, Victoria's Secret etc.
L’une des usines fabriquant pour Nike - Quingdao Taekwang Shoes -  est particulièrement mise en lumière, révélant « des tours de guet, du fil de fer à rasoir et des clôtures barbelées orientées vers l’intérieur ». Le rapport indique que pour effectuer une surveillance continue des allers et venues des Ouïghours détenus dans un périmètre restreint, les autorités de l’usine font appel à des caméras équipées de reconnaissance faciale. Prenons un instant pour remettre ces être-humains dans le contexte : ils sont arrêtés au départ pour une conviction religieuse considérée déviante, détenus quand on ne tente pas de les endoctriner, puis assignés de force à un travail ingrat aux heures extensibles. In fine, au profit de marques qui vivent des marges permises par les bas coûts de production x des prix prohibitifs en occident. Nos choix d’achats, notre quotidien, leur réalité.
Nike fait à l'année produire 7 millions de paires de chaussures par Quingdao Taekwang Shoes.
Combien de paires de Nike avons-nous / avons-nous eu dans nos placards ?

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La Responsabilité appartient aux marques

À l’heure actuelle, les marques interrogées répondent timidement à ces interpellations, plaidant la méconnaissance des méthodes de travail de leurs fournisseurs et la condamnation ferme de ces actes. Ce n’est pas suffisant. Faire confiance et vérifier : des processus qui doivent faire l’objet de vérifications locales annuelles au sein des partenaires fabricants. Il ne suffit pas de déclarer respecter les droits humains fondamentaux : le non travail des mineurs, la sécurité du lieu de travail, des horaires raisonnables, la parité, un salaire juste indexé sur le PIB… etc il faut en attester soi-même. Il faut recalculer ses marges, accepter de passer d’un x 15 à un x 4, si la différence est mesurable en valeur humaine, pour avoir une raison de continuer à se lever le matin et de regarder sereinement dans le même miroir où se reflètent nos sneakers rutilantes. 
Avoir le courage de changer de modèle et produire localement des chaussures de qualité auprès de partenaires de confiance, pour des clients avertis et révoltés qui transitent en masse vers un « consommer différemment ». 1083, Caruus, Allbirds, Jules & Jenn : autant de marques exemplaires qui pèsent moins lourd que Nike en chiffre d’affaire, mais pourtant économiquement profitables et possiblement 100 fois supérieures en karma.
Pour les consommateurs internationaux, les conditions de travail sont le troisième critère de durabilité des produits d’habillement, d'après une étude réalisée par l'IFM en 2019 pour Première Vision Paris. Enfin, il nous semble important de rappeler qu'injustice sociale et drames climatiques sont intimement liés : produire des quantités infinies de chaussures en plastique à bas coût au bout du monde, c’est nécessairement exploiter l’Homme et détruire la planète. Rien de ce qui est cheap ne l’est réellement pour les éco-systèmes.

(RE-)LIRE NOTRE ARTICLE « INFLUENCE DE LA POLLUTION SUR LA SANTÉ DES POPULATION - RAPPORT LANCET 2018 »

Une tour de guet dun complexe suppose heberger un centre de detention ou seraient emprisonnes des Ouighours pres de Hotan le 31 mai 2019 au Xinjiang en Chine

Que fait la législation régissant le commerce international ?


"Les entreprises bénéficiant du travail forcé des Ouïghours dans leur chaîne de production enfreignent les lois qui interdisent l'importation de biens produits en ayant recours au travail forcé", à quelle autorité s’en remettre alors, si celle existante est ouvertement bafouée ? À qui remettre sa confiance si ce n’est en les Femmes et les Hommes qui dirigent une marque ? Y’a t’il juste à espérer que les CEO soient faits de bon sens plus que d’avidité de gains financiers ?
L'AFP a contacté certaines des entreprises concernées par cette accusation. Les autorités du Xinjiang et le ministère des Affaires étrangères n'étaient pas disponibles dans l'immédiat pour réagir. Officiellement, le gouvernement reconnaît transférer des "forces de travail excédentaires" du Xinjiang vers d'autres régions au nom de la lutte contre la pauvreté.
Si les réseaux sociaux ont d’abord décuplé la force de frappe publicitaire des marques, l’heure est à l’inversion du service rendu : le pouvoir remis aux citoyens, celui de faire entendre leur voix et exiger un changement de pratiques. L’importance du morcellement de la chaine d’approvisionnement et des fournisseurs éloignés ne peuvent plus constituer un argument pour se défausser de savoir. À plus forte raison quand on brandit des fanions verts pour faire état de sa transition. Une marque perd plus de temps -donc d’argent- à dissimuler sa triche et regagner la confiance des consommateurs qu’à imposer de réels changements. La majorité d’entre elles ne l’ont pas encore compris, il y est à parier qu’elles ne perdureront pas.

(RE-)LIRE NOTRE ARTICLE SUR LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE DES GÉANTS DE L’INDUSTRIE DU SPORT

 

 

RÉFÉRENCES 

[1] https://www.bladi.net/chine-minorite-musulmane-travail-force,65549.html
[2] http://www.slate.fr/story/166940/chine-camps-internements-massifs-minorites-ethniques-ouighours-persecutions-violences-surveillance
[3] https://www.telerama.fr/monde/les-ouighours-sont-ils-a-vendre-en-chine,n6611853.php
[4] https://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/chine-80-grandes-marques-concernees-par-le-travail-force-des-ouighours_2119797.html
[5] http://www.leparisien.fr/economie/apple-nike-adidas-bosch-alstom-83-grandes-marques-liees-au-travail-force-des-ouighours-en-chine-02-03-2020-8270763.php
[6] https://blogs.mediapart.fr/silk-road/blog/080318/le-mouvement-international-des-femmes-ouighoures-se-lance
[7] https://www.rtl.fr/actu/international/apple-nike-bmw-83-marques-impliquees-dans-le-travail-force-des-ouighours-chinois-selon-une-ong-7800187966
[8] https://www.novastan.org/fr/region-ouighoure/proces-sauytbay-cette-mediatisation-met-en-lumiere-les-camps-dont-lexistence-etait-niee-par-la-chine/
[9] https://www.amnesty.fr/discriminations/actualites/des-femmes-montrant-les-photos-de-proches-enleves-?gclid=Cj0KCQiAwP3yBRCkARIsAABGiPouo5  
[10] UTNBNLrhsFqvNbXLmvg04Di4HSVm-zGkNwTWGkRmqTwz08klgaAnfHEALw_wcB
[11] IFM - Première Vision https://www.premierevision.com/fr/news/observatoire-economique/compte-rendu-de-letude-sur-la-consommation-de-mode-responsable/