Fondée en 2021 par trois sœurs, la plateforme Reusses propose un service clé en main pour vider son dressing sans effort. En mettant en relation des particuliers débordés avec un réseau de revendeuses indépendantes, elle transforme vêtements, sacs, chaussures et accessoires dormants en source de revenus pour les clientes finales comme les opératrices de ce nouveau métier. Un modèle original, ultra local, entre économie circulaire et sociale, qui redéfinit les contours de la seconde main entre particuliers
Du vécu au projet, une plateforme de seconde main C2B2C
L’idée est née il y a dix ans, dans un coin de chambre, sous un lit encombré de sacs de vêtements. Céleste Coez-Blanchard, « grande consommatrice de vêtements à l’époque », avoue ne jamais trouver le temps de s’en séparer. Une amie lui propose de s’en charger : « Elle s’est débarrassée de tout en trois mois : on a gagné entre 800 et 1 000 euros chacune », se remémore-t-elle. De là germe une intuition : si trier et vendre ses habits prend du temps, pourquoi ne pas confier la tâche à celles qui savent faire ?
En 2021, Céleste s’associe à Tara Dabinovic, « sa sœur de sang », et à Victoire Zviak-Jacquet, « sa sœur de cœur ». Ensemble, elles cofondent Reusses, une plateforme qui relient celles qui souhaitent vider leurs dressings à celles qui cherchent à compléter leurs revenus. Le projet porte une double ambition : prolonger la vie des vêtements et valoriser un savoir-faire.

Confiez vos vêtements à Reusses
Devenez une Reusse
Vous ne le portez plus ? Faites-le vendre
Les premières ouvrent leurs placards ; les secondes trient, évaluent et revendent. La mise en relation se fait via le site ou l’application : le ou la client·e y sélectionne une formule adaptée à ses besoins : gratuite, express pour 15 euros ou « Dressing Thérapie » pour 40 euros, selon le niveau d’accompagnement souhaité (simple tri, évaluation complète ou aide personnalisée). Une fois la demande enregistrée, la plateforme notifie les reusses les plus proches ; à elles d’accepter ou non la mission.
« Environ la moitié des pièces collectées sont revendues » – Céleste Coez-Blanchard, cofondatrice de Reusse.
Le rendez-vous fixé, la reusse se rend au domicile pour l’examen du dressing. Seules les pièces en bon état, propres et d’une valeur supérieure à 20 euros peuvent être conservées. Elle repart ensuite avec le stock puis opère un inventaire et fixe des fourchettes de prix par article, soumises à validation. « Tant qu’une preuve de vente est apportée », les canaux de revente sont libres : plateformes comme Vinted – qui concentre près de 70 % des ventes totales –, Vestiaire Collective ou encore vide-dressings locaux. Les vêtements restent en moyenne trois mois entre ses mains, davantage si les deux parties en conviennent.
« Environ la moitié des pièces collectées sont revendues, estime Céleste Coez-Blanchard. Sur le reste, 25 % sont données à des associations et 25 % récupérées par les propriétaires. » Lorsqu’une pièce trouve preneur, la somme est répartie entre les trois parties : 40 % pour le ou la client·e, 40 % pour la Reusse et 20 % pour la plateforme (1).
Clientes et reusses, des profils majoritairement féminins
Côté clientèle, Reusses s’adresse avant tout à un public féminin, urbain, aisé et en quête de simplicité. « Nos principales cibles sont les quarantenaires CSP+ des grandes villes : des mères de famille actives qui n’ont ni le temps ni l’énergie de vider leurs armoires », explique la cofondatrice. À côté de ce cœur de cible, d’autres profils apparaissent, notamment les familles en deuil ou des veufs âgés souhaitant donner une autre vie aux habits de leurs proches.
Quant au réseau, il compte aujourd’hui plus de 500 revendeuses actives, très majoritairement des femmes, avec une expérience préalable dans la revente. « L’âge moyen est de 26 ans, avec des étudiantes et beaucoup de jeunes actives qui cherchent à se faire un peu d’argent en plus », explique Céleste Coez-Blanchard. Leur recrutement passe par l’examen de leur profil Vinted, puis par une courte formation en ligne portant sur le savoir-faire et la relation client.
Confiez vos vêtements à Reusses
Devenez une Reusse
Un modèle entre autonomie et protection
À l’image des démonstratrices Tupperware ou Thermomix, les reusses exercent sous le statut de vendeuse à domicile indépendante (VDI). Ce cadre, « plus simple pour elles et plus protecteur que l’auto-entrepreneuriat », prévoit des cotisations sociales partagées entre la plateforme et la vendeuse.
Parfois accusée d’encourager l’ubérisation, Céleste Coez-Blanchard défend au contraire ce modèle encadré : « Nos reusses ne sont pas salariées, mais ce ne sont pas des travailleuses précaires : ce sont des indépendantes protégées. Et pour beaucoup, c’est une activité qui leur redonne confiance, autonomie et revenus complémentaires. » Le choix de ne reprendre que des pièces d’une valeur minimale de 20 euros répond à la même logique de leur assurer un revenu horaire juste.
« Nos reusses ne sont pas salariées, mais ce ne sont pas des travailleuses précaires » – Céleste Coez-Blanchard, cofondatrice de Reusse
La plateforme s’appuie par ailleurs sur un marketing de réseau (MLM), où certaines revendeuses deviennent « leaders » d’équipes, chargées d’accompagner les nouvelles arrivantes en percevant des rétrocommissions. « Le passage à ce modèle a tout changé, en allégeant la gestion et en créant une vraie communauté », souligne Céleste Coez-Blanchard, qui admet avoir frôlé la fermeture en 2022 avant ce virage. Les reusses sont également formées à entretenir leur réseau et à développer leur clientèle locale.

Confiez vos vêtements à Reusses
Devenez une Reusse
Former, innover, s’étendre : les prochaines étapes
Après une année de croissance à +20 % par mois, Reusses prépare une levée de fonds pour structurer son développement autour de deux priorités. La première : la création de la « Reusse Academy », une école de formation prévue pour 2026 afin de professionnaliser l’activité via des modules sur la vente, la photographie ou encore l’authentification de pièces de luxe pour éviter les contrefaçons. « Aujourd’hui, seules 15 % des candidatures sont retenues, faute de pouvoir former celles qui voudraient s’y mettre », regrette Céleste Coez-Blanchard.
« Aujourd’hui, seules 15 % des candidatures sont retenues, faute de pouvoir former celles qui voudraient s’y mettre » – Céleste Coez-Blanchard, cofondatrice de Reusse.
Le second chantier porte sur la modernisation de la plateforme. « L’intelligence artificielle pourrait nous aider à automatiser les fiches produit et à faciliter la mise en ligne sur plusieurs plateformes », ajoute-t-elle. À moyen terme, la start-up envisage aussi de lancer la vente à domicile – « à l’image de Tupperware seconde main » – et de s’étendre dans plusieurs pays européens.
Confiez vos vêtements à Reusses
Devenez une Reusse
(1) Pour les articles dont le prix se situe entre 20 et 100 euros.









