[En récap] FAGUO s’associe à la start-up française Losanje pour lancer une collection capsule de vêtements conçus à partir de textiles issus de centres de tri européens, grâce à l’upcycling industriel. Ces t-shirts et sweats affichent une empreinte environnementale réduite d’environ 90 % par rapport au neuf. Le surcyclage est désormais une alternative crédible à la production conventionnelle.
La marque française FAGUO lance une collection capsule composée de deux modèles entièrement conçus à partir de vêtements en fin de vie, en collaboration avec la start-up spécialisée dans l’upcycling industriel Losanje. À travers ce projet, les deux acteurs interrogent la capacité de cette pratique à changer d’échelle, ses avantages et enjeux ainsi que son potentiel à constituer une alternative crédible à la production textile neuve.
L’upcycling textile peut-il enfin changer d’échelle industrielle ?
« Une marque qui distribue en boutiques des milliers de pièces upcyclées, standardisées, comme une collection classique : c’est probablement une première mondiale pour le secteur.» Pour Simon Peyronnaud, cofondateur de Losanje, le récent projet mené avec FAGUO illustre le potentiel industriel du surcyclage textile. La marque française de prêt-à-porter s’associe à la start-up pionnière de l’upcycling industriel pour lancer une capsule entièrement conçue à partir de vêtements déjà portés.
« Nous voulions des produits déjà plébiscités par nos clients » – Anaïs Barry, directrice marketing et communication chez FAGUO
Dès février, environ 3 600 pièces – t-shirts en vert ou en bleu et sweats en bleu – seront proposées dans l’ensemble des soixante boutiques ainsi que sur le site internet de l’enseigne. Pensée pour répondre aux exigences de la marque – en matière de qualité, de prix et de durabilité –, cette initiative entend montrer que l’upcycling peut s’inscrire durablement dans les modèles de production textile, là où il est longtemps resté cantonné à des démarches artisanales.
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FAGUO et Losanje : naissance d’une collaboration autour de l’upcycling industriel
« Un impact environnemental réduit d’environ 90 % par rapport au neuf » – Simon Peyronnaud, cofondateur de Losanje
L’aventure débute il y a deux ans à la suite d’une rencontre entre les équipes de FAGUO et de Losanje, réunies par une même ambition : réduire l’empreinte carbone des habits. « Nous intégrions déjà largement des matières recyclées, mais nous restions attentifs à toute innovation susceptible d’aller plus loin », explique Anaïs Barry, directrice marketing et communication de l’enseigne.
La promesse de Losanje séduit alors la marque : produire de nouveaux vêtements à partir de textiles post-consommation, grâce à un procédé de découpe automatisée industrialisé depuis l’ouverture, en 2023, d’une usine en France. Cette approche permet de « réduire l’impact environnemental d’environ 90 % par rapport à une production textile neuve », souligne Simon Peyronnaud.
Pour ce projet, FAGUO retient deux modèles : un sweat, pièce emblématique de son vestiaire, et un t-shirt, incontournable d’une collection estivale. « Nous voulions des produits déjà plébiscités par nos clients, pour leur donner toutes leurs chances », précise Anaïs Barry. Le design patchwork affirme l’origine upcyclée des pièces, pensées comme des produits uniques.
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Comment les produits sont-ils fabriqués ?
La matière première utilisée pour la fabrication provient de collectes réalisées en centres de tri, en France et en Europe. « Le sourcing est beaucoup plus exigeant qu’il n’y paraît, explique le cofondateur de Losanje. Il ne s’agit pas seulement de récupérer des t-shirts foncés : il faut tenir compte des nuances de couleurs, de la qualité des textiles et de leur composition. » Un cahier des charges a été défini avec FAGUO, imposant notamment une teneur minimale de 85 à 90 % de coton afin de garantir la durabilité des produits et leur recyclabilité future.
« Demain, les basiques de certaines marques pourraient être produits en upcycling » – Simon Peyronnaud, cofondateur de Losanje
Une fois sélectionnés, les vêtements sont découpés à l’aide de la technologie développée par la start-up puis assemblés en France. Le contrôle qualité intervient à cinq étapes, de la sélection des gisements jusqu’au produit fini. Autre particularité : aucune teinture n’est utilisée. Les couleurs proviennent exclusivement des textiles d’origine, supprimant ainsi l’une des étapes les plus polluantes de la chaîne.
Quels sont les avantages économiques de l’upcycling ?
Au-delà de la promesse écologique, Losanje défend une approche pragmatique. « Notre but est de rendre le passage à l’upcycling indolore pour les marques. Un acteur habitué à payer un certain prix pour fabriquer des t-shirts doit pouvoir payer à peu près le même prix pour des versions upcyclées », assure son cofondateur. L’économie réalisée sur la matière première compense ainsi en partie des coûts logistiques ou d’assemblage, plus élevés. « Grâce à notre outil industriel, une opération qui prendrait des dizaines de minutes manuellement ne demande aujourd’hui que quelques secondes », précise-t-il.
« Notre but est de rendre le passage à l’upcycling indolore pour les marques. Un acteur (…) doit pouvoir payer à peu près le même prix pour des versions upcyclées » – Simon Peyronnaud, cofondateur de Losanje
Reste à convaincre les consommateur·ices. Pour la marque, l’argument esthétique demeure central. « Le design reste le premier moteur d’achat. La dimension écologique vient renforcer la prise de décision », analyse Anaïs Barry.
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Vers une généralisation de l’upcycling ?
Si cette première expérience rencontre son public, FAGUO envisage de la reconduire. « Nous aimerions poursuivre dans cette voie, même si nous restons dépendants des volumes disponibles et des contraintes créatives », reconnaît Anaïs Barry.
Chez Losanje, l’ambition est plus large. « Nous ne voulons pas nous limiter à des capsules. Demain, les basiques de certaines marques pourraient facilement être produits en upcycling», affirme Simon Peyronnaud. Pour y parvenir, l’entreprise travaille au développement d’une matériauthèque plus riche et explore des solutions de teinture responsables afin d’élargir les possibilités créatives.
Dans un contexte de saturation des filières de collecte et de remise en question croissante de la fast-fashion, cette collaboration esquisse une voie prometteuse, susceptible de montrer que l’upcycling peut constituer une réponse aux multiples crises qui bouleversent aujourd’hui le secteur.



