[En récap] Le Product Lifecycle Management (PLM) structure la donnée produit de la mode, de l’idéation à la fin de vie. À travers trois clients de Centric Software, Caval (marque émergente), A.P.C. (prêt-à-porter premium) et le groupe ETAM (multi-marques internationales), Amine Fadil, ingénieur avant-vente, nous présente trois maturités d’un même outil. Parmi les modules clés : Material Management, Sourcing & Costing, Process Management, Line Planning, Qualité, Studio (IA), avec une attention particulière portée aux enjeux montants : la RSE et le passeport numérique de produit (ESPR, DPP, AGEC, PEF), qui font désormais du PLM le lieu de la preuve environnementale.
Une marque de sneakers en hypercroissance, une maison de prêt-à-porter premium, un groupe multi-marques aux milliers d’utilisateurs, ces trois entités ont un outil commun : un PLM Centric. Là où le Product Lifecycle Management répertoriait autrefois les fiches techniques, il détermine aujourd’hui ce qu’une marque sait d’elle-même, transmet à ses équipes et fournisseurs, peut prouver à l’ère de l’ESPR et du DPP. À travers les cas de Caval, A.P.C. et ETAM, Amine Fadil, ingénieur avant-vente et conseil fonctionnel PLM chez Centric Software, illustre les nombreux usages possibles d’un même outil, en perpétuelle mutation à l’aune de l’intelligence artificielle et désormais essentiel au commerce agentique.
Qu’est-ce qu’un logiciel de Product Lifecycle Management ou PLM ?
A la lettre, le PLM est un logiciel collaboratif qui permet de gérer l’intégralité du développement d’un produit, de l’esquisse au dossier technique envoyé aux équipes de production. Pour Amine Fadil, ingénieur avant-vente et conseil fonctionnel PLM chez Centric Software, c’est un vrai projet de structuration de l’entreprise, apte à se conformer à des niveaux de maturité très différents.
À un bout du spectre se tiennent les marques émergentes : de cinq à cinquante utilisateur·ices, peu de collections par an, beaucoup de tableurs Excel et de processus informels. L’enjeu est de sortir de cette dépendance, de centraliser la donnée produit, réduire les erreurs et briser le silotage entre métiers. Pour ces marques, le PLM devient vite la source unique de vérité. Viennent ensuite les Maisons premium et luxe : Longchamp, AMI Paris… de plusieurs dizaines à plusieurs centaines d’utilisateur·ices, des équipes spécialisées développement, achat, qualité, sourcing, RSE… qui travaillent souvent les mêmes sujets en parallèle. Enfin, les géants multimarques et multi-produits comme le groupe ETAM, où le PLM devient pur système d’orchestration et un pilier de compétitivité. Ici, les enjeux changent de nature vers la collaboration à l’international, sur plusieurs continents et marchés et définir la gouvernance devient la priorité.
Il s’agit moins d’installer un simple logiciel que d’en faire un vrai projet d’entreprise. Le PLM accède aux rouages d’une marque, IT et produits certes, mais aussi et surtout aux humains : qui fait quoi ? Qui gère quelle info ? Qui en est responsable ? Un exercice d’introspection collective et un audit des processus, où chaque métier doit réinterroger sa façon de faire. Une « thérapie d’équipe », selon Amine Fadil, d’autant plus indispensable que la conformité, la traçabilité, et le passeport numérique de produit (DPP) adossé au calcul du coût environnemental entrent en jeu depuis quelques années. Voici 3 cas pratiques illustrés.
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Pour Caval, le PLM a permis de transformer un savoir-faire dispersé en patrimoine de marque
Marque française de sneakers reconnaissable à ses coloris dépareillés, Caval avance vite, croissance rapide, petite équipe, ressources comptées, sur un positionnement résolument responsable. Son défi est de mieux connaître ses produits, ses fournisseurs, ses matières. Avant le PLM, l’essentiel reposait sur la mémoire des personnes : fiches techniques éparpillées dans des fichiers, échanges par mail et tableurs Excel qui s’empilent. Le savoir restait « dans les têtes », sans partage structuré, un fonctionnement viable tant que l’équipe ne bouge pas, intenable dès que la marque accélère.
Le PLM Centric a apporté en premier lieu ce qu’Excel ne sait pas tenir dans la durée : un référentiel matière et un référentiel fournisseur standardisés, une nomenclature produit qui relie chaque composant à sa source, des fiches de spécifications et un dossier technique centralisé. S’y ajoute un point décisif pour une petite structure : l’historisation des modifications, permettant une traçabilité interne descendante et réflexe, plus une enquête ascendante fastidieuse.
« Le PLM transforme le savoir individuel d’un collaborateur en patrimoine collectif de marque. » – Amine Fadil, Centric Software
Car le mono-produit n’a de simple que l’apparence. Une sneaker comporte 20 à 50 composants, plusieurs matières, plusieurs fournisseurs, parfois plusieurs pays de production, des certifications, une grille de coloris et de tailles. Pour une équipe de dix à vingt personnes, tenir cet écheveau de tête devient vite ingérable. C’est donc la complexité du développement produit lui-même plus que le volume de références qui justifie le PLM.
La solution, déployée en près de trois mois via l’offre dédiée aux marques émergentes, s’adapte à chaque profil de marque.

Former les collaborateur·ices à la solution
L’adoption interne peut faire peur, mais elle suit une mécanique éprouvée : on forme tôt les utilisateur·ices à l’interface, et au terme du projet puis les personnes clés, devenues matures sur l’outil, forment à leur tour leurs collègues. Ils et elles portent les bonnes pratiques décidées en commun, ce qui ancre la solution bien plus sûrement qu’une formation descendante. « Une fois adopté, l’outil devient irremplaçable » assure Amine Fadil. Pour une marque comme Caval, l’enjeu aura été de structurer l’information produit suffisamment tôt pour accompagner la croissance sans jamais perdre la maîtrise du développement.
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Le rôle du PLM chez A.P.C. : préserver la maîtrise du produit quand la marque grandit
A.P.C. incarne la maison archétypale du prêt-à-porter premium, avec plusieurs catégories (prêt-à-porter, cuir, accessoires), un rythme saisonnier, un héritage créatif, une distribution à la fois en propre (boutiques et e-commerce) et en wholesale. De l’aveu d’Amine Fadil, c’est le cas le plus subtil des trois : une zone intermédiaire où la complexité ne tient pas au nombre, mais à l’exigence. Déjà équipée et outillée, la maison cherchait avant tout à préserver sa « maîtrise du produit ».
Encore faut-il s’entendre sur ce que recouvre ici la notion de produit. Chez A.P.C., c’est une coupe, une matière, une opération d’ennoblissement, un lavage, un délavage, dans la qualité perçue et le savoir-faire… Le moindre déplacement de l’un de ces curseurs peut affecter l’identité même de la marque. Le risque, quand une telle maison grandit, est connu, le jour où des décisions sont prises tantôt par l’un, tantôt par l’autre, la collection puis la Maison perdent de leur cohérence.
« La maturité PLM ne commence pas quand l’entreprise devient complexe, mais quand elle comprend que sa donnée produit devient un actif stratégique. » – Amine Fadil, ingénieur, Centric Software
Le PLM verrouille tous les maillons, internes comme externes, en conformité avec les spécifications techniques. Il garantit que le tissu a bien été validé par les équipes matières, que le fournisseur a bien été approuvé par les achats, que la version du patronage transmise au fournisseur est la bonne, que la nomenclature est exacte…
Le module Sourcing & Costing met la marge sous contrôle dès l’amont, en simulant, selon le prix de vente visé et les coûts fournisseurs négociés, le couple produit-fournisseur à retenir au plan de collection.
« Notre projet PLM est une initiative majeure de croissance, au service de notre stratégie : gérer la complexité à l’échelle mondiale, standardiser nos processus et rendre possible la durabilité », résume Fabrice Henneron, Studio Director d’A.P.C.
Saison après saison, l’historique est conservé et on enrichit la mémoire de la Maison. Un succès commercial est à reconduire ? Au contraire, une matière a fait défaut ou est à éviter ? On sait en quelques clics où et quand elle a été employée, s’il reste des stocks, quel était son impact si on souhaite l’améliorer.
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Pour le groupe ETAM, le PLM est un système d’orchestration
Multi-marques, multi-catégories, présence internationale… Nous avons aussi interrogé Amine sur un changement d’échelle radical. Le groupe ETAM réunit les enseignes Undiz, Etam et Maison 123, de la lingerie au prêt-à-porter, chacune avec sa propre identité et ses propres modes de fonctionnement. Le déploiement du PLM Centric a d’ailleurs commencé chez Undiz, avant que le groupe décide de l’étendre à ses autres marques. Ici, le défi n’était plus la connaissance produit d’une marque isolée, mais la coordination de milliers de personnes et de décisions, tout en préservant ce qui fait la singularité de chaque enseigne. Le processus ne peut être identique pour tout le monde, mais le langage doit être commun. Au sein du groupe, le socle de référentiels est partagé : produit et matière, nomenclatures, fournisseurs, règles de gouvernance de la donnée, points de passage indispensables du développement. Autour de ce socle, chaque marque conserve ses spécificités : organisation de collection, calendriers, catégories produit, vues, processus de validation, attributs métier.
« Pour le groupe ETAM, le PLM devient véritablement un système d’orchestration. Il ne sert plus seulement à stocker une fiche produit, il relie les métiers, les données, les décisions et les jalons qui font passer un produit de l’idée à son industrialisation. » – Amine Fadil, Centric Software
Chez un multimarques, la gouvernance en point d’orgue
Un logiciel commun, plusieurs marques… Qui fait quoi et est tenu responsable ? Une source commune de vérité ne signifie surtout pas que chacun peut tout modifier. La gouvernance est organisationnelle et technologique : droits d’accès, statuts, workflows, validations, historique et traçabilité. Les marques du groupe ont donc défini avec Centric qui crée la donnée, qui l’enrichit, qui la valide, et à partir de quand elle devient la référence pour les autres équipes et systèmes. L’enjeu était de faire travailler des métiers différents (style, développement, achats, sourcing), autour d’une information produit centralisée, plutôt que de multiplier les versions d’un même fichier au fil des e-mails. Undiz en témoigne : le PLM est hors-pair pour suivre le cycle de vie d’un produit, consulter l’avancement des collections, accéder à la même information depuis différents pays, et réduire les ressaisies entre outils, chronophages et sources d’erreurs.

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Ne pas confondre standardisation et uniformisation
Un outil qui impose un usage standardisé amène une rigidité qui ne convient à aucune marque ; à l’inverse, l’ultra-spécificité revient à recréer plusieurs systèmes indépendants. Fortement configurable, Centric PLM permet de bâtir un Core Model groupe puis d’en décliner les variantes par marque, catégorie, rôle ou processus, sans multiplier les développements.
Standardiser la donnée là où elle doit circuler tout en préservant la liberté là où elle crée de la valeur métier est aussi un levier de réduction du time to market. Le gain vient de l’élimination de centaines de petites ruptures : ne plus chercher la dernière version d’un fichier, ne plus ressaisir une donnée déjà disponible, ne plus attendre un e-mail pour savoir si une validation est passée… et d’une vue commune de la collection permet aux équipes de repérer tôt un retard, un surcoût, une matière non validée ou un arbitrage encore ouvert.
« On gagne du temps en exécutant plus vite et en décidant plus tôt. » – Amine Fadil, Centric Software
La RSE, nouvelle raison d’être du PLM
Pour Amine Fadil, la RSE est en train de changer la raison d’être du PLM. Basculement profond de l’outil ces dernières années, sous la poussée réglementaire, loi AGEC, loi Climat & Résilience, ESPR et passeport numérique de produit (DPP), devoir de vigilance, score PEF… les marques doivent prouver au-delà de déclarer leurs actions. Le PLM devient le lieu de cette preuve.
L’optimisation des produits vers l’éco-conception est aussi possible grâce à une IA qui intègre nativement les distinctions sourcing et propose des alternatives à moindre impact, selon les produits et le pourcentage des compositions, par exemple entre coton conventionnel, recyclé et biologique.
« Avec Centric, nous disposerons d’un espace dédié aux données environnementales ; des algorithmes calculeront les scores et les pourcentages de matières recyclées, et les intégreront dans les différentes nomenclatures produit », Fabrice Henneron, Studio Director d’A.P.C.
Partout, l’intelligence artificielle est à l’œuvre
La solution n’a de PLM que la fonction historique, quotidiennement enrichie avec de nouveaux outils. Un exemple avec Centric Studio, un simple croquis se transforme déjà en visuels produit, puis en photos et vidéos, défrichant la création visuelle à grande vitesse, comme l’aide au design par l’IA plus en amont. Parmi les prochains développements, les clients auront la possibilité de dialoguer avec le PLM en langage naturel comme avec un assistant conversationnel, pour interroger la donnée produit sans passer par l’expertise outil… Centric dessine le prochain chapitre de son outil PLM, si tant est qu’il garde le même acronyme devant la magnitude des potentiels à déployer.