Injonction à la minceur : pourquoi on continue d’acheter ces magazines ? 2e partie

Injonction à la minceur : pourquoi on continue d’acheter ces magazines ? 2e partie

 

Injonction à la minceur : pourquoi on continue d’acheter ces magazines ? 2ème partie

 

Dans la 1ère partie de cet article, on comprend que le diktat de la minceur est d'abord au service d'un marché de méthodes miracles pour perdre du poids, se tonifier ou s'affiner. Ce marché vise principalement les femmes via les magazines, internet et la télévision et nourrit un mythe selon lequel le bonheur est corrélé à la maîtrise de son image corporelle. Dans cette 2ème partie, on tente de comprendre pourquoi, sachant cela, notre bagage socio-culturel nous pousse à poursuivre ce mythe et acheter ces vecteurs de la minceur, des magazines aux cures détox.


LIRE LA 1ÈRE PARTIE DE L'ARTICLE  

Des raisons culturelles 

La minceur est un moyen d'objectivation du corps féminin 


La minceur est le résultat d’un corps régulé et maîtrisé, par lequel se distingue la femme. Elle est soumise à la validation de son enveloppe corporelle par regard extérieur, principalement masculin, qui lui confère ainsi un statut d’objet. Selon Gilles Lipovetsky (sociologue), la réussite d’une femme est accomplie par le corps + le poids + l’apparence vestimentaire, tandis que l’homme se distingue par des marqueurs de possession externes (le travail + la voiture + la femme à son bras). Une caricature de l’auteur, à visée pédagogique. 
Cela persiste chez les plus jeunes : Billie Eilish cultive de longue date un style alternativement oversize, androgyne ou non genré et revendique le fait de s’émanciper des regards qui sexualisent son corps. Pourtant, dès qu’elle enfile une tenue considérée plus féminine, en dévoilant sa poitrine ou ses jambes, elle est victime de bodyshaming. Que ces remarques soient positives ou négatives, son corps devient un terrain de débat dont elle n’a pas le contrôle.

 Nous supposons des choses en fonction de l'apparence des gens, de leur taille, nous décidons de qui ils sont. Nous décidons de leur valeur.

Billie Eilish - Not My Responsability

La minceur est historiquement sexiste


La minceur du corps féminin garantit au corps masculin de conserver son rôle dominant par la masse, la force physique, la puissance présumée directement liée aux biceps. Aujourd’hui, les comptes Instagram délivrant des messages positifs et bienveillants au sujet des corps, féminins comme masculins, se multiplient.

MINCEUR 4

@SUNDAYMORNINGVIEW

 

Inclure l’homme est ici essentiel pour les deux sexes : en libérant le corps féminin du joug de la minceur, on libère son pendant toxique pour le corps masculin : l’injonction à (une certaine représentation de) la virilité qui passe par la masse musculaire. La voix s’élève également chez les hommes, à travers le podcast @theboysclub ou la chaîne Youtube Entre Mecs qui démantèlent un après l’autre les clichés masculins qui étouffent les hommes (quelle que soit leur orientation sexuelle ou leur genre).

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@MISTERCAREYJKING

 

Le surpoids serait un aveu de faiblesse


Ce qui est rare est cher. La minceur en fait partie. L’idéal inatteignable est approchable au prix de grands efforts, surcoût financiers (la diète, les détox), émotionnels (la privation, la frustration, les troubles du comportement alimentaires), et humains (exclusion sociale par sentiment de honte, exclusion d’une catégorie de morphologie par la mode et les médias. En France, le fantasme de la parisienne alimente le sentiment d’échec en cas de prise de poids. Alice Pfeiffer dans son livre Je ne suis pas parisienne, explique que l’on considère systématiquement la minceur comme le standard, la normalité. Une femme grosse est ainsi une femme mince qui aurait grossi par lâcher-prise, une faute dans le parcours de sa réussite. On diabolise le gras dans les émissions de télé-réalité, comme Big Diet en Allemagne où les candidat.es obèses sont éliminé.es après la pesée s’ils n’ont pas atteint la perte de masse requise. Autant de raisons de s’en référer aux conseils diététiques et anti-capitons des pages de magazines. Autant de raisons d’être perdu.e dans la marche à suivre lorsque l’on veut, pour des raisons personnelles fondées (de santé physique ou mentale, de bien être), perdre du poids. Les recettes miracles sont une illusion dangereuse. Paradoxalement, ce sont de véritables portes ouvertes à la malnutrition et à une reprise de poids rapide, tandis qu’un amaigrissement durable passe par un apprentissage nutritionnel, un accompagnement médical ou paramédical, une réconciliation avec les aliments et bien souvent, en premier lieu, son estime de soi.

je ne suis pas parisienne

HANDSOME GIRL DESIGN

@HANDSOMEGIRLDESIGNS


En conclusion : nous connaissons les rouages et les méfaits de ces injonctions, à nous de nous en défaire. Terminons sur une idée qui nous rendra davantage maître/esse de nos corps : Apprenons à dissocier notre bonheur de notre apparence, car en quête perpétuelle d’un objectif chimérique, on saborde la vie pleinement heureuse à laquelle on aspire. Spoiler alert : elle se trouve à l’intérieur de soi.


Des influenceuses libératrices de l’image du corps féminin

Des femmes d’influence qui font figure d’opposition aux diktats de la minceur, et contribuent ainsi à la libération du corps féminin, désobjectivé, désexualisé, à travers leurs actions quotidiennes.

MINCEUR QUEENS

 

RÉFÉRENCES

THÈSES, ÉTUDES ET LIVRES

  • The New Science of Perfect Skin: Understanding Skin Care Myths and Miracles ... Dr Daniel Yarosh, PH.D.
  • The Force Of Beauty: Transforming French Ideas Of Femininity In The Third Republic
  • Je ne suis pas parisienne - Alice Pfeiffer 
  • Beauté Fatale - Mona Chollet
ARTICLES

 

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