Influence De La Pollution Sur La Santé Des Populations

Influence De La Pollution Sur La Santé Des Populations

 

Influence De La Pollution Sur La Santé Des Populations, Pour Les Siècles À Venir

Pourquoi ça concerne l'industrie de la mode et chacun d'entre nous.

 

Il y a un peu moins d’un an ont été publiés dans le Lancet [1] les résultats d’une étude sur les conséquences sanitaires, environnementales et économiques de la pollution. Cette étude fait état des dégâts réels et estimés, et permet de développer des outils de mesure de l’efficacité des solutions proposées. Elle fait partie des données sur lesquelles s’appuient les Sustainable Developement Goals des Nations Unies (SDGs ou ODDs pour Objectifs de Développement Durables en français).


Le Lancet est une des plus prestigieuses revues scientifiques médicales au monde. « Prestigieuse » signifie ici que les études retenues à la publication sont fiables, et leurs résultats parmi les moins biaisées (le biais nul n’existant pas). C’est ce qu’on appelle de l’Evidence Based Science : des faits, sans jugement positif ou négatif, les statistiques parlent d’elle-mêmes, vous tirez vos propres conclusions.
On préfère vous prévenir cependant : cet article est à la fois très consistant et alarmant. Il reprend les résultats principaux de l’étude et tente de la simplifier sans en masquer la gravité. Il nous semble important de partager avec vous des notions complexes mais dès lors qu'elles permettent de mettre en place des solutions concrètes, qui concernent aussi l’industrie de la mode, et sont applicables à l’échelle de tous les colibris qui liront ce billet...

Spoiler alert : 15 minutes de lecture. La fin de l’Histoire est celle dont vous déciderez, vous en êtes peut-être le héros.

Le futur est brillant, c’est vous qui le dessinez.

 

L’INJUSTICE QUI MAJORE LES INJUSTICES

La pollution constitue actuellement la plus grande menace environnementale et humaine. Elle est responsable de nombreuses maladies et décès prématurés dans le monde. En 2015, les maladies causées par la pollution ont entraîné neuf millions, soit 16 % de tous les décès prématurés dans le monde. C’est trois fois plus que les décès liés au SIDA et aux maladies endémiques comme la tuberculose et le paludisme réunis, c’est 15 fois plus que les causes de décès liés aux guerres et aux violences de masse.
 

deces attribuables a la pollution lancet

Crédits @LANCET[1]

 

Dans les pays les plus gravement touchés, les maladies liées à la pollution causent plus d’un décès sur quatre. Il s’agit majoritairement (92%) de pays à revenus faibles ou intermédiaires.
Au sein de ces pays fragilisés, la pollution touche davantage les personnes pauvres et vulnérables. Dans les pays où tous les niveaux de revenu coexistent, ces maladies s’observent surtout chez les minorités et chez les personnes marginalisées. Elle touche également plus les êtres fragiles : les enfants vivants ou in utero, les personnes handicapées, âgées ou souffrant de maladies chroniques.
 

LE MAL INVISIBLE

Malgré ces chiffres alarmants et connus, dont les conséquences sanitaires et environnementales se répercutent sur l’économie globale (coûts de santé, baisse d’état de bonheur global, baisse de productivité au sens économique du terme et de consommation), la pollution est un phénomène impalpable, insidieux, dont nous ne percevons que très difficilement les enjeux. Or le cerveau humain n’est pas câblé pour intégrer, donc réagir, à un danger qu’il ne voit pas.
Avant même de penser à des solutions pour réagir, nous avons peu d’outils de mesure de la gravité globale de son impact sur l’environnement et la santé, et donc de la charge mentale et économique mondiale de la morbidité qui est associée. Faites le test autour de vous, de quoi parle-t‘on quand on parle de pollution : chimique ? Industrielle ? Automobile ? Des sols ? De l’air ? Des océans ? Répondre à cette question est difficile aussi pour les pollueurs et les scientifiques. Personne n’a anticipé sa prise en charge dans les programmes de développement international et de santé. Les interventions de lutte anti-pollution sont à peine évoquées dans le Plan d’Action Mondial pour la lutte contre les maladies non transmissibles.

MAISON STELLE GUS STELLE ELLEAUS

Crédits @MAISONSTELLE

 

COURIR À SA PROPRE PERTE SANITAIRE ET ÉCONOMIQUE

La pollution coûte cher. Si l’on considère la « productivité » au sens du capitalisme libéral (qui régit actuellement notre monde), c’est à dire la production de richesses économiques, la baisse de productivité liée aux maladies associées à la pollution est responsable d’une baisse de PIB qui peut atteindre jusqu’à 2% dans les pays en croissance (terme vaste, regroupant des pays à indices de développement variables). Associées à ces pertes, un surcoût de santé variable de 1.7 à 7% des dépenses de santé habituelles, dans les pays très pollués à l’expansion rapide. Pour l’OMS, la santé n’est pas l’absence de maladie, mais un état global de bien être mental, social, physique et environnemental. Ainsi les pertes de santé sont estimées à 4600 milliards de dollars par an, puisqu’à l’heure actuelle toute échelle de valeur est économique. Nous n’avons pas d’outils de mesure du bonheur, de la détente, du temps de qualité passé entre proches, d’épanouissement social etc. 4600 milliards de dollars, c’est 6,2% de la production économique mondiale. Ces chiffres sont notoirement reconnus comme sous-estimés.

 

QU’EST CE QUI POLLUE ?

La pollution détruit les écosystèmes et est étroitement liée aux dérèglements climatiques. En pôle position, la combustion des énergies fossiles dans les pays à revenu élevé et intermédiaire (charbon, pétrole) et le brûlage de la biomasse dans les pays à revenu faible (déforestation,  végétaux comme la paille, la cane à sucre, les fibres de coco) – représente 85 % de la pollution sous forme de poussière en suspension dans l’air et de gaz à effet de serre.
En second viennent les principaux émetteurs de dioxyde de carbone – les centrales électriques, les usines de fabrication de produits chimiques, les exploitations minières, la déforestation et les véhicules à essence. Le charbon est le combustible fossile le plus sale du monde. Abondant et bon marché, c’est encore la source d’énergie principalement utilisée  en 2020, devant le pétrole [3] notamment pour répondre aux besoins énergétiques de la Chine.
Depuis une cinquantaine d’années, on remarque que si la pollution globale s’aggrave, le type de pollution change également. Elle est moindre dans les foyers (air ambiant du fait du chauffage qui n’est plus au charbon, de l’eau courante) mais bien plus conséquente à l’extérieur. : les chimiques rejetés dans les eaux et les sols, les particules issues des extractions minières, la production d’électricité, l’agriculture mécanisée et les véhicules à essence… Toutes ces sources croissent rapidement dans des "pays en développement", qui non seulement n’ont pas oublié que nous avons eu notre heure de gloire industrielle et se battent pour la leur, mais ont aussi à charge de produire pour nous depuis les années 90. On vous renvoie à l’explication du phénomène par Majdouline Sbaï dans cet épisode du Sapping en ce qui concerne la mode, mais cela s’applique à tout type d’industrie. Or leurs réglementations sanitaires, sécuritaires ni environnementales ne sont les mêmes.
 

Crédits @JONATHANAUCH pour @TRASHCOLLAGE

 

LE CHIMIQUE EST UNE BOMBE À RETARDEMENT

La pollution chimique est un problème grave qui ne cesse de croître partout. Le plus dramatique, nous l’avons évoqué, reste la sous-estimation de ses conséquences sur l’environnement et la santé humaine, pour les générations actuelles et à venir. Plus de 140 000 nouveaux produits chimiques et pesticides ont été synthétisés depuis 1950, dont 5 000 à grande échelle maintenant largement répandus dans l’environnement. Nous y avons tous été presque été universellement exposés, et moins de la moitié de ces produits ont fait l’ojet d’essais d’innocuité ou de toxicité.
Depuis 10 ans seulement, une réglementation rigoureuse de mise sur le marché (au même titre que les médicaments) existe dans les pays occidentaux. Les plus toxiques d’entre eux, aux effets rapidement notables (plomb, amiante, dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT), biphényles-polychlorés (BPC) et chloruro-uorurocarbones (CFC)), ont été évincés après une période d’exposition ayant de lourdes conséquences sur des vies humaines.

Les produits chimiques toxiques mis sur le marché mondial au cours des deux ou trois dernières décennies prédisent la même histoire. Perturbateurs endocriniens (causant des dérèglements hormonaux), neuro-toxiques, fœto-toxiques (agissant sur le fœtus au cours de la grossesse), si ces noms étranges sont scandés régulièrement dans les journaux, par les applications de vérification des compositions produits : tous sont une évaluation à postériori. Ils sont dans les herbicides chimiques et insecticides donc la nourriture, les déchets pharmaceutiques, les nanomatériaux (aérosols, gels, suspensions) donc l’air. Ils s’accumulent aussi dans les matières (isolants, textiles) au contact des habitations et de la peau. Si la réglementation interdit ou limite leur production dans les pays riches, la laxité d’arbitrage et l’attractivité économique de leur production en fait une activité rentable pour les pays à revenus faibles ou intermédiaires. Les plus pauvres paient, les plus riches ne déploient pas leur forces pour mesurer ou prévenir les conséquences de ce qui se passe loin de chez eux. On en revient au premier paragraphe…

jonathan auch

Crédits @JONATHANAUCH 

 

PRÉVENTION (R)ÉVOLUTION

Réjouissante ou terrible nouvelle : cette pollution peut en grande partie être éliminée et sa prévention peut être aussi rentable quelle n'est actuellement coûteuse. Dans les pays économiquement développés, la propreté de l’air et de l’eau est obligatoire, l’innocuité chimique est de mise dans les usines. Ainsi l’air et l’eau sont plus propres, les concentrations de plomb dans le sang des enfants sont à la baisse de plus de 90 % (ce qui s'associe à des Quotients Intellectuels plus élevés) les sites des déchets dangereux sont contrôlés et la pollution globale a nettement réduit. Le tout permet de prolonger la durée de vie en bonne santé. Le PIB a lui aussi augmenté crescendo... Jusqu’à atteindre l’effet inverse et pervers de sa croissance : une augmentation proportionnelle de la pollution, dans une industrie carbonée à l'économie linéaire (des notions complexes expliquées par Céline Puff-Ardichvili dans cet épisode du Sapping).

NICOLA KLOOSTERMAN

Crédits @NICOLAKLOOSTERMAN  

 

LA RESPONSABILITÉ DES BIEN DOTÉS : LES ODD DE L’ONU

L’ONU a établit en 2015 17 Objectifs de Développement Durables (ODDs) ou Sustainable Development Goals (SDGs), regroupés en un agenda et divisés en 1691 cibles à atteindre horizon 2030 pour tous les pays [4]. Les ODD concernent les gouvernements comme la société civile (nous, vous), autour des objectifs généraux suivants :
- Éradiquer la pauvreté sous toutes ses formes
- Dans tous les pays
- Protéger la planète
- Garantir la prospérité pour tous.
La présentation est volontairement idéaliste et simple, définie par « 5 P » permettant à chaque pays de se les approprier : « Peuple, Prospérité, Planète, Paix, Partenariats ».


(RÉ-)ÉCOUTER L’ÉPISODE DU SAPPING AVEC KERRY BANNIGAN AU SUJET DES SUSTAINABLE DEVELOPMENT GOALS DES NATIONS UNIES (À PRÉCISÉMENT 14'40")

global sustainable goalsNU

Crédits @ONU

 

La lutte antipollution fait partie de nombreux ODDs :

  • Améliorer la santé dans les pays partout dans le monde (3)
  • Atténuer la pauvreté (1)
  • Améliorer l’accès à l’eau propre et l’assainissement (6) 
  • Parvenir à la justice sociale (10) 
  • Bâtir des villes et communautés durables (11) 
  • Protéger la terre et l’eau (14; 15) 
  • Ralentir le dérèglement climatique (13)

 

CE EN QUOI ÇA NOUS CONCERNE, CONCRÈTEMENT

Bon nombre des applications pratiques recommandées par l’ONU associées à ces Objectifs sont applicables en pratique à l’industrie de la mode. Si on sait erronée la déclaration choc la définissant comme la 2e industrie la plus polluante au monde, elle n’en est pas moins au top 10 du classement et à priori supérieure à la somme des transports maritimes et aériens pour une année.

Pour agir, il faut entre autre réorchestrer l’industrie sur un modèle circulaire durable :

  • Utiliser des énergies renouvelables non polluantes,
  • Des procédés industriels optimisés, à fort rendement, dont le volume de production est contrôlé à l’unité près afin d’éviter toute forme de surplus énergie ou de matières, 
  • Des déchets limités ou reconditionnés en néo-matière 
  • Des réseaux de distribution courts et des transport mutualisés, préférentiellement le train ou encore compensés.

 

En somme, rien d’insoluble ni qu’on ignore ! Mais c’est à nous qu’incombe la responsabilité de mettre en place et tenir ces engagements pour nous même : quand on est une marque, faire appliquer ces mesures à l’ensemble de chaine de production partenaire, quand on est un client : exiger d’une marque qu’elle s’engage et fasse la démonstration tangible de ses actions.

La pollution est un fléau universel. Sa prévention doit être une grande priorité, nationale et internationale et il nous semble important de mettre en lumière les solutions existantes, mesurables à l’aide d’outils et segmentées dans le temps c’est à dire concrètement réalisables. De la même manière que le principe du « pollueur payeur » est obsolète (la planète n’accepte pas les dettes…Ré-écouter l'épisode du Sapping sur la RSE), le culte de l'angoisse ne nous semble pas très engageant. On garde la collapsologie pour les débats au café, et dans l’intervalle, on soigne son dressing. 

Aux actes, citoyens du monde. L’étendard vert est levé.

 

PS : Autant vous dire qu’après ce monologue, on rêve de connaître votre avis ! Nos réseaux sont prêts pour toutes vos questions et réactions.

collage gluebrain

Crédits @GLUEDBRAIN

 

RÉFÉRENCES

[1] The 2018 report of the Lancet Countdown on health and climate change: shaping the health of nations for centuries to come - November 28, 2018
Nick Watts, MA ; Markus Amann, PhD; Prof Nigel Arnell, PhD; Sonja Ayeb-Karlsson, PhD; Kristine Belesova, PhD; Prof Helen Berry, PhD et al.; Show all authors
[2] WORLDBANK 
[3] Le Monde
[4] Objectifs de Développement Durable de l'ONU