Portraits des personnes qui font bien

Arizona Muse - Mannequin En Mission

Arizona Muse - Mannequin En Mission

 

Arizona Muse - Mannequin En Mission

 

Défiler avec la même aisance lors des Fashion Weeks et aux côtés d'Extinction Rebellion, voilà qui résume la force d'Arizona Muse. Ce mannequin d'envergure internationale est sensible à la cause environnementale depuis son enfance et engagé pour une conversion responsable d'une industrie qu'elle adore autant qu'elle en déplore les méfaits. Après notre entretien dans le Sapping, à retrouver en VO anglaise et en traduite en français, morceaux choisis d'une conversation à cœur ouvert avec une personnalité exemplaire qui n'a jamais oublié d'agir comme un être humain. 

Vivre simplement, afin que les autres puissent simplement vivre. 

 

P R É S E N T A T I O N

Mon nom est Arizona Muse, je suis maman, mannequin et environnementaliste. Je poursuis ma carrière de mannequin en tentant de rendre l’industrie de la mode la plus consciente possible de la crise écologique que nous traversons actuellement. C’est une urgence absolue, nous devons œuvrer à un futur durable. Nous devons réduire nos émissions carbones, arrêter de gâcher et abuser des ressources que la terre met si gentiment à notre service et que nous considérons gratuites. Cela fait trop longtemps que nous agissons ainsi. Une des choses que je souligne souvent, c’est la capacité qu’a notre planète à se régénérer. La terre est un maître en matière de régénération, la Nature sait parfaitement s’auto-nettoyer, nettoyer après notre passage, nettoyer nos villes. Nous sommes allés trop loin, nous avons atteint un point où la quantité de déchets et le désordre que nous créons est simplement trop conséquent et dépasse les cycles naturels de régénération de l’environnement.
Après plus de 10 ans de mannequinat, j’ai réalisé qu’il y avait tellement que j’ignorais sur cette industrie. Je ne savais pas d’où venait mes vêtements, de quoi ils étaient constitués, je ne savais rien de la vie de ceux qui les fabriquaient, et ça a été depuis le plus intéressant des voyages d’appendre à ce sujet, de lire, de regarder des documentaires et des vidéos sur Youtube. J’adore parler aux scientifiques, à des gens responsables de la préservation des ressources ou qui observent ces changements depuis des années. Nous savions il y a 30 ans déjà que nous devions changer.

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É C O - O R I G I N E S

J’ai grandi principalement à Santa Fe. Un endroit magnifique où la Nature est très présente, un climat assez aride, pas doux ni vert ni luxuriant comme ici en Angleterre. J’ai toujours aimé les paysages anglais. Après avoir grandi dans le désert, dès qu’il pleut maintenant je me dis que c'est une bénédiction !  Bien sûr si on grandit en Angleterre, ça n’a rien d’extraordinaire, c’est juste la normalité et vous avez envie de vous en échapper.
Bref, je suis devenue mannequin. Je n’en n’avais pas vraiment l’intention au départ. Je ne connaissais rien à cette industrie, je n’ai pas grandi dans ce milieu, je ne savais pas en quoi consistait le métier. Personne ne peut savoir de quoi il s’agit sans l’avoir vécu. En dépit de l’image que vous vous en faites en regardant des couvertures de magazines ou des photos. C’est sans doute pour ça que tant de problèmes surgissent depuis le mouvement #meetoo, cela a permis d’ouvrir le débat sur ce que signifie réellement le mannequinnat : est-ce que c'est fun ? Est ce que vous êtes bien traitées ? Quelles sont les conditions de travail ? En réalité, c’est loin d’être aussi glamour que cela en a l’air sur une couverture de magazine où l'on voit la dernière prise d’un shooting qui aura duré 10 heures, et sera la bonne après avoir été retouchée. C’est peut-être une bonne métaphore pour l’industrie entière : ça n’est pas aussi brillant qu’il y paraît. Il y a ce côté sombre qui n’est pas beau à voir et nous devons le révéler, apprendre et en parler. Et oui, cela va être désagréable. Non, nous ne serons pas fier.e.s de nous en apprenant que tous les vêtements que l'on a acheté au cours de notre vie ont contribué largement au réchauffement climatique et à un manquement grave au respect des droits humains.
 

D E V E N I R  M A N N E Q U I N

Devenir mannequin était un choix. Il existe effectivement un pan de cette industrie dans laquelle les mannequins ne font pas ça par choix, il s’agit de véritable traffic humain, ce qui est une autre raison pour laquelle, bien que l’industrie de la mode soit incroyable, fun et puisse réellement influencer positivement le monde, raison pour laquelle j’adore en faire partie - elle doit se transformer car elle fait du mal à beaucoup de gens. Il y a une nouvelle structure, The Responsible Trust For Models, qui travaille dur pour établir un Gold Standard, permettant aux agences d’obtenir une certification pour que les jeunes mannequins venus des 4 coins du monde puissent savoir si elles rejoignent une agence qui est une vraie agence de mannequins, pas une personne aux plans démoniaques pour leur futur. 

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M O D E L  &  R O L E - M O D E L

Quel exemple êtes vous pour les autres ? Pour vos enfants ? Voulez vous qu’ils voient une personne heureuse, qui s’apprécie et se sent valorisée ? Ou comme quelqu’un qui essaie de contenter tout le monde autour d’eux sans être sûr de ce qu’elle fait et se sentant exploité ? C’est une réalité pour une grande partie des acteurs de cette industrie. Les médias sociaux sont une bonne chose pour l’industrie de la mode, cela la rend plus accessible à tous, ce qui quelque part divise son pouvoir, de façon saine. Nous avons vu les médias traditionnels descendre de leur pied d’estal et être moins puissants qu’autrefois, la digitalisation les oblige à trouver de nouvelles manières d’être attractifs. Je pense que c’est bon pour une industrie de recevoir un choc, de se réinventer et répondre aux attentes du public.
Les Média sociaux permettent aussi de libérer des voix. Depuis #meetoo par exemple, les gens sont bien plus libres de parler, d’admettre des choses dont ils auraient eu honte avant. Cela a rendu possible la révélation de secrets vraiment darks et indicibles auparavant. Les secrets protègent souvent des gens qui ne méritent pas de l’être. Pour moi c’est vraiment un changement positif.

L ' A M O U R   D E S   V Ê T E M E N T S

J’aime les vêtements, j’ai toujours aimé ça. Je me suis toujours considérée comme une personne qui aimait, par exemple, la soie. Jusqu’à ce que je réalise que c’était à peu près tout ce que je connaissais sur la soie : ça s’appelle… de la soie. Mais qu’est-ce que c’est que la soie ? Et c’est à ce moment là que je suis devenue obsédée par les matières : je voulais TOUT savoir : d’où ça vient, quels traitements chimiques ont elles subis, où ont elles poussées, quelle était la qualité du sol ? Et ont elles contribué à l’usage de pesticides ? Est-ce qu’elles ont tué tous les insectes autour d’elles ? Toutes ces questions sont à poser à chaque matières, chaque matière. Tout ce qui provient de la pétrochimie, les plastiques, viennent d’une extraction de pétrole lorsqu’elles ne sont pas recyclées, une industrie qui constitue à peu près la moitié des dégâts climatiques, l’agriculture se charge de l’autre moitié, si on veut présenter les choses simplement. La vraie différence c’est que les énergies fossiles n’ont aucune chance d’agir en faveur du climat, tandis que l’agriculture a un réel potentiel pour inverser la tendance.

S E L F - E D U C A T I O N

Pas besoin de parler à un expert pour en apprendre beaucoup. Parlez autour de vous, diffusez vos idées et ce que vous connaissez. Expliquez vous même votre plan quotidien pour réduire votre impact, et commencer à avoir à votre tour un impact positif.

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Mes désirs de vêtements sont différents. Je ne prive de rien. Tout ce que j’ai à faire c’est lire l’étiquette et je sais alors si je les veux dans ma vie ou non. Et jusqu’ici en 2019, la plupart ne sont pas même au commencement du début d’une idée de conception durable, je ne les veux donc pas sur moi ni près de moi, ni dans ma maison, je ne veux pas y consacrer de l’argent qui apporterait du soutien à ces marques. Je veux dépenser mon temps et mon argent pour soutenir des marques ou des causes qui je crois font les bons choix. Cela vaut pour l’alimentation, la mode. Je fais très attention à l’origine de mes achats alimentaires, il viennent de fermes dites régénératives, qui restaurent les sols avec des nutriments. Idem avec les vêtements, prenez le coton : les pesticides liés aux champs de coton et de maïs sont le plus grand fléau du la terre. Ils sont cultivés pour nourrir les vaches, dont la peau sert à produire du cuir. Le cuir est un dérivé de l’industrie de la viande certes, mais non utilisé en intégralité, ce qui ne peut donc pas constituer un argument en faveur de sa durabilité. La peau de poisson au contraire, est un réel produit dérivé. La peau de saumon par exemple, remplace le cuir et est tannée végétalement car elle est réutilisée pour être biodégradée positivement. Ça n’aurait donc aucun sens d’y ajouter un chrome ou tout autre métaux lourds qui polluerait à son tour les eaux et détruirait la biodiversité environnante.

H U M I L I T É

Je ne suis pas une personne agressive, combative, je déteste les conflits, je ne veux surtout pas accuser mais encourager les bonnes pratiques. J’ai été précautionneuse au début. Cela fait à peu près 4 ans et demi que ma conscience s’est éveillée. Pendant des années je n’ai fait que me cultiver sur le sujet. J’ai également pris des cours à l’Université de Cambridge sur le Sustainable Business, une formation de 10 semaines. Il s’agissait d’études de cas, nous devions conseiller une entreprise qui voulait devenir durable. J’ai pris le cas de Yoox-Net à Porter car je voulais une entreprise de mode dont les rapports sont publiques et qui présente une branche sustainaibilty. Ça n'était pas simple car ils ne possèdent pas leur propre chaine d'approvisionnement.

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C R É E R  S A  M A R Q U E  ?

Oui, j’ai fait toute les recherches pour créer ma marque et je ne l’ai pas lancée. Je voulais créer une marque de luxe pour femme faite de beaux tissus, brillants, excitante, afin de montrer que la mode durable n’est pas nécessairement terne ou un ensemble de clichés pro-nature. Je voulais atteindre une catégories de femmes qui pensent que la mode durable n’est pas faite pour elles ou leur style, qu’elle est portable à des évènements glamour du soir et qu’elle peut nous faire nous sentir incroyables ! Puis j’ai réalisé que mon impact pourrait-être plus important si j’éduquais les gens et qu’une marque m’enfermerait nécessairement dans des cycles de production de collections. Aujourd’hui il n’y a pas d’autres alternatives, nous n’avons pas encore été capable de casser ce cycle. La vente directe est une amélioration timide mais rien ne s’oppose encore à ce rythme dément de créer quelque chose de nouveau 2 ou 4 ou 8 fois par an / vendre puis casser les prix et finir par s’en débarrasser… Ce qui veut dire solder drastiquement ou simplement… Pouf ! Faire disparaitre miraculeusement les produits.
On retrouve la même problématique avec les dons de charité. Ça n’est pas comme si il y avait un endroit magique où atterrissent les choses dont on ne veut plus. Et bien souvent ces choses dont on ne veut plus ne sont pas franchement désirables… C’est la triste réalité. Donnons de jolies choses à ces œuvres avant tout, des choses que les gens vont vouloir. Sinon, c’est un élément de plus qui risque de ce retrouver à la décharge dans un pays très pauvre et affecter leur économie locale en mettant à disposition des buissons entiers de T-shirts usagés. 

D E S  C O N S E I L S  A U X  M A R Q U E S

Mon intérêt pour les matières est une aide précieuse pour les marques. Je suis membre du conseil du Sustainable Angle, une incroyable organisation fondée par Nina Morenzi qui est devenu une grande amie. Elle a réalisé il y a 10 ans que l’industrie de la mode avait besoin de matières durables et que personne ne savait où les trouver. Lors des salons textiles, aucun espace n’y était dédié, c’était chercher une aiguille dans une botte de foin. Une marque qui subit déjà la pression de réaliser ses collections, remplir ses commandes, pousser à fond ses employés pour être dans les temps… On ne peut pas demander en plus un sourcing responsable à des équipes qui font déjà leur maximum. C’est souvent la raison pour laquelle ça n’arrive pas, ça n’est pas une voie facile. The Sustainable Angle a un showroom à Londres où elle répertorie les offres des fabriquant de textiles responsables. Chaque marque peut s’y rendre et obtenir leurs contact. Elle n’a pas un rôle d’agent, les marques contactent donc les fabriquants directement, il n’y pas donc pas de frais additionnels. 

S I  V O U S  É T I E Z  P D G  D E  W A L M A R T ? 

Je commencerais par considérer tous ces parkings bétonnés construits autour de chacun de mes magasins. Tous ces sols qu’on a recouvert ! Comme je l’expliquais plus tôt, les sols sont une des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique via l’agriculture. Supprimons ces parkings, implantons sur ces sols des fermes bio dynamiques qui nourrissent la terre tout en la cultivant, de façon rapide. Cultivons de la nourriture et créons des espaces denses de vie et biodiversité. C’est un bel avenir pour les parkings, et Wallmart à beauuuucouuup de parkings ! Voilà, ce genre de choses. 
Ah et les emballages... Plus d’emballages !  Il y a 50 ans, les choses étaient vendues dans de jolies boites à l’unité que l’on gardait. Vous n’étiez pas obligés d’acheter par lot de 6, vous pouviez choisir d’acheter une ou deux unités ou le nombre désiré. 
Emballer la nourriture dans du papier ciré, plutôt que dans du plastique. Cela conserve les aliments tout aussi longtemps. Il faut qu’on se défasse de nos habitudes d’achats. Personne n’a besoin d’acheter en gros. Je suis américaine, j’ai vu un pays entier prendre le virage du « toujours plus ». Juste « plus » et « plus grand ». Et ça ne marche pas, les gens tombent malades en vivant ainsi. Personne n’a besoin d’un immense réfrigérateur. Nous avons besoin de petits réfrigérateurs pour garder les aliments frais achetés au jour le jour en marchant vers le supermarché, en achetant de petites quantités qui restent fraîches et qu’on mange directement. C’est une façon bien plus saine de consommer, notre consommation doit être totalement revue. Nous sommes en contexte d’urgence. 
Jusqu’à il y a peu, j’étais très contrariée par la façon dont l’être humain procrastine face au changement climatique, attend jusqu’à la dernière minute pour se bouger et sans aucun doute, nous en avons assez profité. Quelqu’un m’a fait changé d’avis à une conférence sur les fermes bio dynamiques, un paysan, hyper intelligent - ils le sont tous, ils le sont tous, remarquables, d’une incroyable humanité et capacité d’observation de la vie - qui m’a dit : « Les êtres humains font de leur mieux et sont les plus efficaces en contexte d’urgence. Je pense que maintenant que nous n’avons plus le choix, nous allons faire un travail incroyable en un tout petit laps de temps ! » J’ai dit « Ok ! C’est une façon positive de penser aux prochains 18 mois durant lesquels nous devons changer le monde.
Parce que c’est la réalité : nous devons sérieusement changer nos habitudes dans les 18 prochains mois si nous voulons que les 10 prochaines années ressemblent à quelque chose.

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L E  F U T U R  D E  N O S  E N F A N T S

Ces questions environnementales ont apporté énormément de passion dans ma vie.
Je n’ai pas peur du futur qui advient, sombre ou incroyable où les humains arriveraient à s’unir aimer la terre à nouveau. Parce que je pense que c’est ce qui s’est passé, nous sommes devenus si irrespectueux et si déconnectés de la planète que nous ne lui montrons plus d’amour. Si vous revenez au mode de vie indigène, il n’y a pas si longtemps, quelques années ou même en ce moment en Amazonie, dans des contrées retirées d’Afrique, dans les steps russes, les gens montrent un profond respect pour la nature, organisent des cérémonies en son honneur, chantent.
Une histoire raconte que, lorsque, dans une de ces cultures traditionnelles africaines, les gens ont appris la façon dont on pratiquait l’agriculture aux États-Unis, à l’aide de tracteurs semant des graines, sans s’en occuper davantage. Leur réponse a été sans appel : « Comment ? Vous ne chantez pas de chansons aux graines pour qu’elles poussent ? Comment voulez-vous qu’elles vous nourrissent ? » En entendant cette anecdote je me suis dis « Ok, on a vraiment été déconnectés ! »

C O M M U N I Q U E R  S U R  S E S  E N G A G E M E N T S  Q U A N D  O N  E S T  U N E  M A R Q U E  ?

Je sais qu’on peut le faire de façon intelligente, positive. Il faut admettre honnêtement : « je ne suis pas parfait, je suis en mission. Je suis animé par le fait de changer le monde, changer ma façon dont mon business fonctionne et j’apprends. » Dire ça c’est déjà beaucoup, c’est incroyable, admirable. Ce qui n’est pas cool, c’est de dire « Nous sommes vraiment une marque durable, il s’avère que nous le sommes depuis le début, nous n’avions même pas réalisé à quel point ! Nous faisons simplement BIEN ! » Je suis navrée mais non, pas si vous travaillez dans la mode. Si le message est vrai, personne ne peut le critiquer. Vous vous exposez aux critiques si vous faites un show, si vous voulez prouver plus que ce que vous ne faites réellement ou cherchez une manière de paraître meilleur que tout le monde. 
Il faut aussi en parler autant que possible dans les médias. J’aime le virage qu’ont réalisé les médias ces derniers 18 mois, c’est incroyable. Et pour en féliciter certains The Guardian a fait une déclaration majeure en annonçant qu’ils consacreront désormais leurs contenus à la cause environnementale, je me suis abonnée au Financial Times et je reçois des articles sensationnels au sujets du réchauffement climatique toues les jours. Quand je me suis inscrite il y a deux ans, c’était un par jour, aujourd’hui c’est 5 ou 6, c’est démentiel le nombre de sources qu’on peut trouver à ce sujet aujourd’hui. 
This much I know est une nouvelle plateforme qui vient de se lancer, sur les crises sociales et climatiques, liant les deux. Aujourd’hui il m’apparait évident que les questions de diversité et d’inégalités sont intimement liées au désastre climatique. Si nous avions construit de sociétés équitables et diverses il y a 250 ans, je ne pense pas que cela serait arrivé.

L E S  D É F I L É S

Hum, ils sont source de beaucoup de stress, et le stress fait faire aux gens des choses qu’ils ne feraient pas en temps normal. Ils affectent clairement l’industrie, la façon dont les gens travaillent ensemble et se respectent, les décisions qu’ils prennent, les matières qu’ils utilisent. Il existe un phénomène courant dans les shows : les marques choisissent les matières de la meilleure qualité, aux propriétés les plus durables qui soient et communiquent à ce sujet, puis commandent des matières de piètre qualité quand arrivent les commandes. C’est si décevant… Je ne recommande à aucune marque de faire ça, et c’est particulièrement injuste pour vos fournisseurs, parce que quand un fournisseur, un filateur, un tisseur  responsable reçoit une commande d’une grande marque qui est connue et reconnue, ils prennent un vrai engagement, ils sont heureux et se tient prêts pour à l’honorer, c’est une vraie opportunité. Et cette commande n’arrive jamais. Ce ne sont pas des bonnes manières, ça n’est pas comme ça qu’on fait du business, et c’est très mauvais pour leur réputation. Nous devons maintenant être particulièrement attentifs à leurs chaines de production et au retentissement de nos actes, les considérer comme des équipes humaines à ne pas abuser ou maltraiter. Il faut être curieux à leur sujet. Qui composent vos chaines de production ? Rencontrez-les ! Ils passent des heures et des heures loin de leurs familles. Ce qu’ils abandonnent pour pouvoir fabriquer nos vêtements, pas par choix mais nécessité, est extrême. Certains travaillent plusieurs mois d’affilé sans rentrer chez eux pour pouvoir ramener un pécule pour nourrir leur famille, dans un village où il n’y a pas d’activité économique, pas d’autre moyen de gagner de l’argent. C’est énorme. Quand on réalise ça, on a beaucoup plus de considération pour ses vêtements, pour la vie de ceux qui les font, en dépendent, peuvent s’abimer la vue en travaillant trop longtemps dans le noir. Quand on sait en revanche, on prend les bonnes décisions. L’être humain n’est pas cruel par nature, c’est juste que nous ne savons pas etc que ces informations sont tenues secrètes, ce qui nous empêche de faire des choix libres.

D E S  C O N S E I L S  A U X   C O N S O M M A T E U R S

Aussi local que possible, c’est déjà beaucoup. Le transport est un gros problème, particulièrement aérien. Je suis d’avis que seuls les êtres humains devraient-avoir le privilège de voyager en avion.
C’est important pour la diversité, l’ouverture d’esprit, la découverte d’autres cultures, l’apprentissage des langues…  J’aime cette manière de voyager autour du monde que nous avons créée. Mais faire voyager quoi que ce soit qui n’est pas humain est absurde. Absurde de créer autant d’émissions carbones pour faire voyager un objet simplement pour qu’il atteigne plus rapidement un endroit. Anticipez simplement ! Un voyage en bateau sera plus long mais significativement moins polluant, bien qu’il existe également des problèmes avec le transport maritime… Hum. Je n’étais pas au courant jusqu’il y a peu mais la pollution sonore existe
Beaucoup d’espèces sous la mer communiquent par les sons. Ils se parlent par échanges de sons et les vibrations, donc quand d’énormes bateaux passent au dessus de leur territoires, elles deviennent sourdes à leurs messages. Des communautés entières d’espèces sous-marines ne peuvent plus se parler.
Nous avons énormément de bateaux en circulation, qui essaient en permanence de trouver de nouveaux passages, et la glace fond dans les pôles ce qui ouvrent de nouveaux canaux… Certains groupes d’activités luttent contre ça désespérément car il existe encore quelques rares espaces sous-marins libres de pollution sonore.
Nous devons prendre en compte chaque dysfonctionnement existant. Fixer le bout du tunnel en pensant que ce mauvais moment va passer ne suffit pas. Ce point que l’on fixe est connecté à d’autres points. On ne peut pas choisir le partie du réchauffement climatique qui nous passionne le plus…. Il ne s’agit plus vraiment de ce qui résonne en soi mais bien de sauver la planète, donc en tant que marque on ne peut pas dire qu’on préfère agir côté social, si l’on veut s’ériger en marque responsable, c’est un tout ! Payer correctement ses employés est une étape parmi de nombreuses à faire dans la bonne direction.

L E  C H O I X  D E S  M A T I È R E S

Si c’est du coton, il doit être biologique. C’est une des options les plus simples à mettre en place et ça ne coûte pas beaucoup plus cher. La laine est plus responsable n’importe quelle matière synthétique. Les matières synthétiques ne devraient pus êtres utilisées, à moins qu’elles ne soient 100% recyclées, ce qui pose ici encore un autre problème, celui des microfibres plastiques reléguées dans les océans et ingérées par les poissons, donc présentes dans la chaine alimentaire…. Des petits aux grands poissons à nos assiettes. Mais il ne s’agit pas seulement de nous. Quand je lis des choses qui ne portent pas sur tout ce qui peut arriver de pire aux humains je m’interroge. Nous serons les derniers survivants, je le sais, mais est-il seulement question de nous et de notre survie ? Pourquoi ne pas considérer toutes les autres espèces, balayées sans égards sur le chemin de notre extinction ? Bougeons-nous pour en sauver le plus possible avant qu’il ne soit trop tard !

L A  R E L A T I O N  A U X  M A R Q U E S

Je refuse les cadeaux parfois, quand ils ne sont pas éco-responsables, par exemple une crème pour la peau dont je ne veux pas utiliser les ingrédients ou suremballée dans du plastique. Les vêtements composés de matières synthétiques, je décline poliment en expliquant que je suis engagée pour une mode responsable et que je serai heureuse de soutenir la marque lorsqu’elle fera un pas dans cette direction.  Quand il s’agit de mannequinat, je pense que refuser catégoriquement de travailler avec une marque non durable serait me tirer dans le pied, parce que … Devinez ce que je fais toute la journée lors d’un shooting ? Je tchatche ! Je parle de mode durable, de la façon dont les marques peuvent changer, à quel point c’est excitant et on peut apprendre, connaître, ce que ça change dans nos décisions et pour le monde ! On peut devenir des héros ! Donc oui, j’accepte afin d’entrer en contact avec ceux qui ne se sentent pas encore concernés mais peuvent l'être très prochainement !

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X R - E X T I N C T I O N  R E B E L L I O N

Oui, il s’agit d’un groupe extraordinaire, Roger & Gail les fondateurs sont des environnementalistes de la première heure qui se sont pris des murs, et sont épuisés de clamer des messages que personne n’écoute. Ils ressentent l’urgence car ils connaissent les chiffres et sont désespérés à l’idée que personne ne la réalise. Ils se sont lassés et ont effectué 5 ans de recherche pour mettre en place un mouvement global pour l’environnement. C’est comme ça qu’est né XR, 5 ans de recherche doctorale pour réussir à faire changer les mentalités au sujet du réchauffement climatique. Et ça marche très bien, c’est extraordinaire à voir, en une année seulement, le nombre de personnes radiées à leur cause dans de nombreux pays. La beauté du mouvement, c’est le point d’honneur qu’ils mettent à ne pas avoir de hiérarchie entre eux, chaque membre est l’égal à un autre, personne ne les dirige, ils sont anti-mondialisation et ont réussis à créer un mouvement mondial. Et c’est un beau de les voir manifester dans la rue, je suis allée à plusieurs démonstrations publiques, bloquer les rues avec eux. Pour moi qui passe beaucoup de temps chez moi à lire et réfléchir seule sur le sujet, c’est une vrai force de savoir qu’un groupe uni de personnes ressent la même chose. Un des grands succès a été après les manifestations de 11 jours dans les rues de Londres cette année en Avril 2019. Le gouvernement a annoncé une neutralisation totale des émissions carbones en 2050, ce qui est un peu loin et j’espère que cela arrivera plus tôt, mais je pense que maintenant les objectifs sont clairement annoncés, contrairement aux déclarations précédents des marques et des gouvernements qui n’étaient pas réelles ni intentionnelles et donc pas suivies d’un plan d’action. Il ne s’agit plus de cibles, lointaines, la cible est à atteindre aujourd’hui. Un changement progressif aurait du avoir lieu il y a 45 ans.  Si l’on avait établit un plan long-termiste pour réduire nos émissions carbones, il aurait été fructueux. Mais personne n’a annoncé de cible, encore moins de plans pour réduire ses émissions carbones. Elles ont continué à croître et croissent encore, ce qui est terrifiant. Les gouvernements doivent prendre parti, et les citoyens sont de plus en plus conscients qu’ils sont coupables de ne pas l’avoir fait plus tôt. À quoi nous servent ils si ce n’est à servir cette cause ? Ça n’a aucun sens. J’ai beaucoup d’espoir quand je vois agir Greta Thunberg ou XR ou et tous les autres, car il ne s’agit pas que de deux entités mais des millions de personnes indignées. Greta n’est pas la seule enfant activiste à ressentir un profond désespoir et à être déprimée par ces informations sur le réchauffement climatique.

 

L ' E N G A G E M E N T  D E S   G O U V E R  N E M E N T S

C’est valable pour les marques et les gouvernements : parlez aux experts, embarquez des environnementalistes et des spécialistes avec vous pour rédiger ces lois, ne les faites pas établir par des hommes assis derrière un bureau toute la journée. On ne peut pas comprendre la nature si on n’y passe pas du temps ! C’est ce que je m’efforce de faire dès que possible, m’échapper dans la nature, ce qui n’est pas simple quand on vit en ville. Cela s’organise à l’avance, il faut sortir de la ville et y passer la journée, on s’y salit, on a froid, chaud, ça n’est pas toujours confortable, on ne peut pas commander un café mais on doit se le préparer, l’emporter avec soi, anticiper. Ça n’est pas facile si vous ne vivez pas à proximité. Donc pour en revenir à ces personnes de loi, oui, je leur recommande vivement de prendre l’avis de personnes qui vivent près de la Nature, qui tiennent des fermes naturelles, qui reboisent, qui restaurent la faune et la flore sauvage. Ces personnes y ont consacré leur vie entière. C’est ce que j'essaie de transmettre à mes enfants, pour moi le meilleur enseignement possible est celui du volontariat dans les fermes, d’apprendre à faire pousser des aliments. Parce que se salir les mains, arracher les mauvaises herbes, récolter l’ail sont des choses extraordinaires à faire, on se sent tellement bien après ça ! Il nous faut revenir à un mode de vie qui se rapproche de celui de nos grand-parents. Nos grand-parents étaient déjà guidés par la société de consommation, aux États-Unis en tout cas, ils vivaient dans une époque où les gens voulaient « plus » : une belle barrière blanche, être isolés de leurs voisins, leur famille installée dans une belle banlieue, réussir dans le travail, la direction était déjà mauvaise… Nous devons ralentir un peu, retourner en arrière. Tout dépend de l’endroit où vous vous trouvez sur la terre évidemment.

 

R É F É R E N C E S


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