C’Est Quoi, Noël ?

C’Est Quoi, Noël ?
Qu’en pensez-vous ?
Crédits @HHHStudio  

C'est Quoi Noël ?

Manifeste de survie anti-consumériste ou le Père-Noël en gilet jaune.

 
 
Un mois qu’elle figure sur la to do list des articles à publier, je n’arrive pas à m’y mettre. 
Des idées pour Noël, c’est ce qu’on m’a demandé. Des jolis objets de marques #goodgoods, enrubannés dans du tissu ou du craft recyclé. Des produits sortis en édition limitée, des pop ups qui éclosent un peu partout, à Paris comme ailleurs. 
J’ai promis, je ne peux pourtant pas m’y résoudre. Tout ce que je couche sur le papier sonne faux et déplacé. 
 

DÉPLORER

 
Aux Halles, les enseignes se remettent à peine du dégoût du blackfriday. Un homme arrache son téléphone des mains d’une femme à Châtelet
Miromesnil. Le métro parisien n’a jamais autant senti la pisse, sous l’amoncellement des sans domiciles fixes déposés là comme des perce-neiges par la vague de froid. Opéra, à quelques pas, les portes béantes d’un Mango débitent le chauffage qu’il leur faudrait, à même la rue de la Paix.
Les vitrines de la rue du Faubourg Saint-Martin sont criblées d’éclats sous les tirs de flashballs et les pavés jonchés de poubelles cramées. 
Entre deux vies, je déménage, réalisant un exercice de tri intéressant pour mes placards et mon esprit : considérer le superflu et le nécessaire. Faire un point sur la matérialité qui m’épanouit. Un trop de tout qui laisse un vide, un fardeau creux pourtant si lourd à porter.
 
 

Cette super planète part en cette-su /  Mais le diable continue de me rappeler qu’y a jamais assez de sucre.

Lomepal ft. 2Fingz- Lucy  

 

COMPRENDRE

 
Il manque, mais quoi ? Quelqu’un ? Quelque chose ? Trouver son WHY ou son IKIGAÏ, lire 27 bouquins de développement personnel en quête du prochain hashtag fancy qui promet la paix intérieure #hygge #slowlife #bonheur.
Quand avons-nous été pour la dernière fois les acteurs de nos choix ? Quand avons-nous fermé la porte à l’injonction d’achat, omniprésente entre les soldes et les fashion weeks, assénés d’offres similaires qui remplissent nos maisons d’objets à l’utilité précaire ? 
La précarité n’est pas qu’économique. Elle est aussi sociale, mentale, fraternelle. Ce sont nos connections humaines fracturaires qui nous poussent à chercher des sensations digitales et de l’affect matériel.  
Le femme au téléphone aura peut-être économisé une année pour se payer un Samsung dernier cri. L’homme qui le lui a arraché n’a peut-être trouvé que cette solution, violation inouïe du respect, pour mettre au pied du sapin les derniers jouets que ces enfants lorgnent chaque matin en gare d’Aubervilliers. Tous les deux souffrent du même mal : la frustration permanente que l’hyper consommation génère, persuadant chacun que son bonheur réside dans l’accumulation. 
 
Tout l’enjeu de notre ère est d’arriver à produire en s’épanouissant
À quel moment avons-nous renoncé à être au profit d’avoir ? Comment ne pas être au comble du désespoir quand les médias résument le mouvement des gilets jaunes par un manque à gagner pour l’économie française ? Ridiculiser une souffrance en caricature de barricades. Il faut être délibérément obtus pour prendre au premier degré une revendication pour le pétrole, quand il est probable que les mêmes manifestants ont marché une semaine avant pour le climat. Nous portons tous des gilets jaunes (1). La crise est empathique, démocratique, le tout hurle à l’humain dans un environnement affectivement précaire dont la quête de sens - celle de toute vie - a été happée par le gouffre abyssal de la richesse matérielle.
 
 

Arrête les blagues t’es mignon / Même toi tu feras tout pour avoir des milliards si un jour tu gagnes des millions.

Lomepal ft. 2Fingz - Lucy 

Crédits @TheFutureLaboratory 

PRENDRE ACTE

 
Écrire alors. Comme toujours quand je cherche des réponses avec le prisme des autres, vous, lecteurs. Il ne s’agit pas là de rabattre la joie. Ni notre bien-être ni notre économie -on sait désormais que les deux sont intimement liés- n’avanceront dans ce constat amère s’ils ne sortent pas de leur propre torpeur, si l’on reste spectateurs de nos choix. Pour Idriss Aberkane (2), l’épanouissement est un moyen décisif de créer des richesses, il s’agit de Ne de pas gâcher le talent de l’humanité mais de se repenser. S’inventer. Un siècle qui connecte les hommes et les belles idées, où la productivité enrichit nos émotions et notre matière grise, nos interrelations et ce qu’il faut pour vivre bien dans nos foyers (3).
Là encore, c’est scientifiquement démontré : si le bonheur relationnel est exponentiel, celui lié à l’argent est une asymptote (4) : au delà d’un certain seuil de richesses, il stagne. C’est qu’il faut donc le chercher ailleurs. 
 
 

Tout le monde souhaiterait un monde meilleur / Mais au final, qu'en-est-il ?

Lomepal x 2Fingz - Lucy   

Crédits @ZoeBakes 

ALORS EN PRATIQUE, C'EST QUOI NOËL ? 

 
C'est l’image qu’il en reste dans nos mémoires d’enfants. 
Ça n’est pas une fête commerciale, ça n’est pas la réunion contrainte ou la menace d’une famille en conflit qui multiplie les diversions pour repas qui s’éternisent. C’est une merveilleuse opportunité de se reconnecter à soi et aux autres. C’est un moment que l’on prépare ensemble, dont on se réjouit, où l’on peut faire la démonstration vraie de ce qu’est l’amour littéral : l’acceptation de l’autre tel qu’il est, pour rien. Et le remercier d’exister pour ça. 
Écrire des cartes de voeux à la main. 
Faire des centaines de kilomètres pour les bras de nos grand-parents qui cochent les jours sur le calendrier des pompiers depuis la fin des grandes vacances. 
Cuisiner ce qu’on aura échangé comme recettes des jours durant avant cette réunion, en questionnant ce qui fait sens, nos retranchements, nos chapelles, en ouvrant nos esprits sur la possibilité de faire différemment cette fois, une part pour la planète, en remplaçant la dinde pantagruélique par un met végétarien. En saluant le travail du producteur voisin plutôt que des amuse-bouches surgelés, colorés mais si tristes. 
Jouer ensemble à des jeux de plateaux jusqu’à trois heures du mat’ au coin du feu. 
Proposer un cadeau expérience, pour mieux prolonger la douceur de ces instants entre proches. Un théâtre, une expo, un ciné, un cours d’oenologie ou de permaculture, un escape game, un week-end pour construire une cabane.
S’engager à donner un peu de son temps précieux à une association, le faire avec quelqu’un de cher à qui on donnera l’occasion de provoquer les rendez-vous. 
Laisser s’échapper la vulnérabilité des coeurs, prendre le temps de s’ouvrir à ce qui pose question, quand les certitudes établies vacillent, discuter des heures de ce qui compte dans nos courtes existences et qui ne se résume pas aux mensualités de nos prêts ou aux 2 pour le prix d’1 du Black Friday
Partager ses derniers coups de coeurs et de cerveaux, ce qui nous meut. Un livre, un podcast, un film. 
Imaginer les défis à relever, ensemble encore, parce qu’apparemment #onestprêt à agir dans l’individualité connectée plus que nos politiques dans leur gouvernance déphasée de la réalité (5) : trier sa boite mail, faire un défi végé, se passer d’avion pour une année, redécouvrir la lenteur et la proximité, débarrasser caves et greniers de tout ce qui nous encombre et ce dont notre accumulation maladive nous empêche de nous séparer, quand l’Autre au coin de la rue en aurait justement l’utilité. 
La liste est infinie, à vous de la poursuivre. À l’heure où ceci paraît il est de toute façon trop tard pour lister les pop ups de Noël. 
 
Allons, humains, faire de ce siècle celui des liens, des expériences et des sensations vraies plutôt que des goodies bariolés au pied d’un baril de pétrole déguisé en sapin. 
 
Je souhaite un merveilleux Noël à tous.
 

Let’s define ourselves, not by what we own but through our experiences and relationships.

Green Peace 

Crédits @LiviaFirth x Bridget Jones 
 

 

 

 

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